A L'ÉGLISE DU SACRE-CŒUR.--
La Mise au tombeau, groupe de figures en cire, dans la crypte de la basilique.
LA PHOTOGRAPHIE DU CIEL
L'idée d'appliquer la photographie aux curiosités du ciel est née le jour même où la grande découverte de Niepce et Daguerre a été annoncée au public par la mémorable communication qu'en fit Arago dans la séance de l'Académie des sciences du 19 avril 1839.
L'illustre astronome, prévoyant déjà les applications diverses qui pourraient en être faites aux recherches astronomiques, signalait, entr'autres, la possibilité d'obtenir une bonne carte de la lune et une image complète des raies du spectre solaire. Mais les procédés photographiques étaient alors trop imparfaits pour permettre d'obtenir des résultats satisfaisants.
Cependant, dès l'année 1845, Fizeau et Foucault arrivaient à faire une excellente photographie du soleil en 1/60 de seconde, que l'on peut voir très finement gravée, dans les œuvres complètes d'Arago. En 1849, William C. Bond, astronome américain, obtint une bonne épreuve daguerrienne de la lune. L'éclipse de soleil du 28 juillet 1851 fut photographiée par Berkowski à Kœnigsberg, sur une plaque daguerrienne qui montra, pour la première fois, des traces de la couronne qui enveloppe l'astre du jour et les éruptions qui émanent de sa surface.
En 1857, William Bond obtint une photographie très nette de l'étoile double Mizar ou Zêta de la Grande Ourse, aussi précise en vérité que les mesures micrométriques, car j'ai pu l'insérer comme document dans mon catalogue des étoiles doubles. C'est à l'Observatoire de Harvard Collège que ces premières photographies d'étoiles ont été faites, et c'est là encore qu'aujourd'hui M. Pickering obtient de si merveilleux résultats qui, à eux seuls, paraissent devoir égaler au moins tous ceux du congrès des vingt ou trente astronomes composant le congrès européen.
M. Warren de la Rue en Angleterre et M. Rutherfurd aux États-Unis ont obtenu, de 1857 à 1867, de magnifiques photographies de la lune, qui n'ont pas encore été dépassées. Signalons parmi ces photographies des vues stéréoscopiques saisissantes, qui montrent le globe lunaire tellement en relief qu'il a presque la forme d'un œuf. Cet effet, un peu exagéré, est dû à ce qu'on a profité d'un certain mouvement de la lune, le mouvement de libration, pour pénétrer plus ou moins bien sur l'hémisphère invisible. Warren de la Rue, auquel on est redevable de ces photographies stéréoscopiques de notre satellite, est parvenu également à en obtenir de la planète Jupiter en prenant les vues à vingt-six minutes d'intervalle.
M. Faye, en France, a été l'un des plus éloquents promoteurs de la photographie astronomique. Insensiblement, malgré la résistance des astronomes purement mathématiciens, la photographie s'implanta dans des procédés d'étude. En 1874, au passage de Vénus devant le Soleil, elle fut appliquée avec le plus grand succès, et il en fut de même en 1883. A l'Observatoire de Meudon, M. Janssen a obtenu en 1877 d'admirables photographies de la surface solaire, sur lesquelles on assiste pour ainsi dire aux phénomènes de la formation de la lumière solaire. Ces photographies du soleil sont presque instantanées, car elles sont faites en un demi-millième de seconde! En 1884, MM. Paul et Prosper Henry, en construisant les cartes d'étoiles de l'atlas de l'Observatoire de Paris, s'appliquèrent à substituer la photographie à l'observation directe des étoiles, ce qui était à la fois beaucoup plus expéditif et plus sûr. En même temps, et depuis cette époque, MM. Pickerins aux États-Unis, Gould dans la République-Argentine, Gill au Cap de Bonne-Espérance, Common et Robert en Angleterre, se sont livrés avec les plus grands succès à la pratique de la photographie céleste.
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