Le festin terminé, sire Jehan le mena par toutes les salles et dépendances du château, protestant de son plaisir d'avoir chez lui pour hôte si puissant personnage, donnant aux Anglais force éloges, achevant, en un mot, par ses flatteries, l'œuvre commencée par le vin d'Anjou, tant et si bien que le bailli, tout ému, tant des fumées du piot que des belles paroles du sire, jura que jamais il n'avait eu ni n'aurait meilleur et plus fidèle ami.

Or, comme on était arrivé aux écuries, il offrit au seigneur des Mocquereaux de faire, en signe et gage d'alliance, échange de leurs montures; ce à quoi, sans peine, consentit sire Jehan. Le bailli, étant alors entré dans les écuries, avisa un cheval superbe, couleur d'alezan brûlé, dont le bon roi Charles avait fait présent à son féal serviteur: il proposa de troquer ce cheval contre sa blanche haquenée; à quoi, bien que le cheval fût de beaucoup plus beau que la haquenée, consentit encore sire Jehan. Et sur ce, l'on retourna vers la salle du festin, afin de vider encore quelques coupes en l'honneur du traité conclu.

Cependant, la journée s'avançait, et le bailli voulut repartir pour Durtal. Le seigneur des Mocquereaux ordonna donc que l'on harnachât et sellât son beau cheval, et vint lui-même tenir l'étrier à son nouvel ami, lequel, non sans peine, se mit en selle. Déjà les gens d'armes et les archers, défilant devant le seigneur, avaient passé le pont-levis, lorsqu'à leur suite le bailli, entouré de ses pages, voulut partir à son tour. Mais le bon cheval, de son naturel, n'aimait point les Anglais, surtout les Anglais grands et lourds. Aussi ne voulut-il point avancer: cris, coups de houssine et piqûres d'éperon, rien ne le put décider à remuer pied ni patte. Vainement deux pages le tiraient par la bride, deux autres le poussant; le cheval ne bougea, jusqu'à ce qu'enfin, irrité, il se débarrassa, d'une ruade, des deux malencontreux pages qu'il avait par derrière, puis, inclinant brusquement la tête et pliant les genoux, déposa mollement M. le bailli sur les dalles de la cour d'honneur. En même temps, sire Jehan criait: «A moi, mes hommes d'armes! Baissez la herse! Haussez le pont-levis!» et saisissait l'Anglais à la gorge. En peu d'instants, le château fut en état de défense, et le bailli prisonnier. Le lendemain, on le pendit aux créneaux, en punition de ses crimes. Ceux de ses pages que n'avait point navrés le cheval furent renvoyés, et s'en allèrent partout, répétant qu'un destrier sorti de l'enfer avait fait pendre leur maître, et que le diable protégeait le seigneur des Mocquereaux. «Si que, dit le chroniqueur, oncques depuis n'osèrent Anglais s'approcher du castel ni des pays à l'entour, car toujours cuidoient voir, sur son cheval démoniaque, apparaître le sire Jehan, qui si haut et si court fit pendre le bailli.»

Le narrateur s'arrêta, et comme chacun le félicitait: «Bravo! mon cher professeur, dit le substitut. On ne dira pas, en tous cas, que vous êtes ennuyeux comme la pluie, car vous me semblez l'avoir mise en fuite.»

En effet, un gai rayon de soleil entrait par la haute fenêtre. Tous aussitôt, conteur et auditeurs, coururent aux fusils, et dix minutes plus tard une fusillade nourrie apprenait aux lapins du parc que nous avions retrouvé, à leur usage, les traditions guerrières de messire Jehan des Mocquereaux.

G. Hamor.

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE MOMIES DANS LA HAUTE-ÉGYPTE.--
Transport des sarcophages de Deïr-el-Bahari au Nil. Dessin d'après nature de M. Émile Bayard

AU THÉÂTRE D'APPLICATION.--
Une représentation de la «Passion», mystère en quatre tableaux, de M. Haraucourt.