Ainsi, graduellement, insensiblement, la photographie en arriva à prendre une large part dans les procédés astronomiques. Cette part devient, de jour en jour, de plus en plus importante, de plus en plus féconde.
On se propose actuellement de photographier le ciel tout entier, et c'est dans ce but que M. le contre-amiral Mouchez a demandé la formation d'un congrès astrophotographique international, qui s'est déjà réuni deux fois à l'Observatoire de Paris, en 1887 et en 1889, et qui s'y réunit de nouveau en ce moment même.
Il s'agit de photographier le ciel tout entier et de construire, par la photographie seule, et sans l'intervention des erreurs d'observation, la carte complète du ciel, tel qu'il se présente actuellement aux yeux des habitants de la terre. Nous avons déjà cette carte, mais sous une forme relativement imparfaite et hétérogène. Argelander, par exemple, a construit, en 1862, la carte des étoiles de notre hémisphère boréal jusqu'à la neuvième grandeur inclusivement, et cette carte se compose de 324,198 étoiles, que l'on peut toutes voir réunies sur une même feuille (voy. notre Astronomie populaire, page 832), et forme le grand atlas d'Argelander, qui est l'une des œuvres les plus considérables de notre siècle.
Le catalogue de Shœnfeld donne pour l'hémisphère austral les positions de 133,659 étoiles. M. Gould, directeur de l'Observatoire de Cordoba, dans la République Argentine, a publié, il y a quelques années, un atlas de cet hémisphère austral, mais qui ne s'étend guère au-delà des étoiles visibles à l'œil nu. Ce sont là des essais laborieux qui représentent des travaux considérables, mais qui ne pourraient jamais donner ce qu'on peut attendre tout simplement de la photographie.
En effet, au lieu d'observations méridiennes dues à un grand nombre d'observateurs très différents les uns des autres comme mode d'appréciation des grandeurs d'étoiles, et comme méthode de constatation des positions, au lieu de transcriptions multipliées, de nombreux calculs de réduction et de la dissémination des observations le long d'un grand nombre d'années, on prendra tout simplement la photographie précise du ciel, et cela non seulement jusqu'aux étoiles de 9e grandeur, mais jusqu'à celles de 10e, 11e, 12e, 13e et même 14e grandeur, ce qui ne sera pas plus difficile, et ne demandera qu'une pose de temps plus considérable.
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Tout le monde sait que les étoiles visibles à l'œil nu s'arrêtent à la sixième grandeur, et que ce mot de grandeur doit s'entendre simplement de l'éclat apparent des étoiles, celles de première grandeur étant les plus brillantes, celles de seconde étant un peu moins brillantes, et ainsi de suite, celles de sixième étant les dernières que l'on puisse voir à l'œil nu. Voici le nombre probable des étoiles de chaque grandeur, jusqu'à la quatorzième:
Grandeurs. Nombre:
1re 20
2e 59
3e 182
4e 530
5e 1,600
6e 4,800
7e 13,000
8e 40,000
9e 120,000
10e 380,000
11e 1,000,000
12e 3,000,000
13e 9,000,000
14e 27,000,000.
Ces dernières étoiles sont visibles dans les instruments actuels des observatoires. On voit que le total de ces quatorze premiers ordres d'éclat dépasse déjà quarante millions. Essayer de cataloguer cette armée céleste serait non seulement un travail surhumain, mais encore absolument irréalisable, car des erreurs inévitables se glisseraient dans un pareil nombre d'observations, ainsi que dans leurs réductions, leurs transcriptions et leurs placements sur une carte.
Des années et des années ne suffiraient pas, et pendant qu'on essayerait, les étoiles se déplaceraient elles-mêmes dans l'espace, car chacune d'elles est animée d'un mouvement propre plus ou moins rapide.