Dans cette lunette de 30 centimètres de diamètre et de 3 mètres et demi de longueur, nous découvrons les étoiles jusqu'à la quatorzième grandeur, c'est-à-dire environ 40 millions d'astres de toute nature.

Maintenant, remplaçons notre œil par la rétine photographique. Instantanément les étoiles les plus brillantes viendront frapper la plaque et y marquer leur image. Cinq millièmes de seconde suffiront pour une étoile de première grandeur, une centième de seconde pour les étoiles de deuxième grandeur, trois centièmes de seconde pour celles de troisième, et ainsi de suite, suivant la proportion établie plus haut.

En moins d'une seconde, l'œil photographique a vu tout ce que nous pouvons apercevoir à l'œil nu.

Mais ce n'est rien encore. Les étoiles télescopiques visibles dans l'instrument vont également frapper la plaque et y inscrire leur image. Celles de la septième grandeur emploieront une seconde un tiers à l'impressionner, celles de la huitième grandeur demanderont trois secondes, celles de la neuvième huit secondes, celles de la onzième grandeur cinquante secondes, celles de la douzième demanderont deux minutes, celles de la treizième cinq minutes, et enfin celles de la quatorzième, treize minutes.

Si nous avons laissé notre plaque exposée pendant un quart d'heure, nous trouverons photographiée sur cette plaque toute la région du ciel vers laquelle la lunette était dirigée, et tout ce que cette région possède, tout ce qu'avec une peine infinie nous serions parvenus à découvrir, à mesurer, par une série d'observations très laborieuses et très longues. Un nombre suffisant d'appareils braqués de manière à embrasser le ciel tout entier fixera, comme nous venons de le voir, en une carte immense tout ce que l'astronomie d'observation peut étudier, et ce que l'on n'aurait pu obtenir qu'en plusieurs siècles.

Mais voici seulement où commence le merveilleux.

Laissons l'œil photographique regarder au lieu du nôtre: il pénétrera dans l'inconnu. Les étoiles invisibles pour nous deviennent visibles pour lui. Au bout de trente-trois minutes d'exposition, les étoiles de la quinzième grandeur auront fini par impressionner la rétine chimique et y former leur image.

Le même instrument qui montre à l'œil humain les astres de la quatorzième grandeur et qui, dans le ciel entier, enregistrerait environ 40 millions d'étoiles, en montre à l'œil photographique 120 millions dès la première réquisition pour obtenir la quinzième grandeur. Il atteindrait la seizième à la seconde réquisition, en une heure vingt minutes de pose, et jetterait sous l'admiration éblouie du contemplateur une poussière lumineuse de 400 millions d'étoiles!...

Jamais encore, dans toute l'histoire de l'humanité, on n'a eu en mains la puissance de pénétrer aussi profondément dans les abîmes de l'infini. Avec les perfectionnements nouveaux, la photographie prend nettement l'image de chaque astre, quelle que soit sa distance, et elle la fixe en un document que l'on peut étudier à loisir. Qui sait si quelque jour, dans les vues photographiques de Vénus ou de Mars, une nouvelle méthode d'analyse n'arrivera pas à découvrir les habitants! Et sa puissance s'étend jusqu'à l'infini. Voilà une étoile de quinzième, de seizième, de dix-septième grandeur, un soleil comme le nôtre, éloigné à une telle distance de nous que sa lumière emploie des milliers, peut-être des millions d'années à nous parvenir, malgré sa vitesse inouïe de trois cent mille kilomètres par seconde, et ce soleil gît à une telle profondeur que sa lumière ne nous arrive pour ainsi dire plus. Jamais l'œil naturel de l'homme ne l'aurait vu, jamais l'esprit humain n'en aurait deviné l'existence sans les instruments de l'optique moderne. Et voilà que cette faible lumière venue de si loin suffit pour impressionner une plaque chimique qui en conservera inaltérablement l'image.

Et cette étoile pourrait être du dix-huitième, du vingtième ordre et au-dessous, si petite que jamais les yeux humains, aidés même des plus puissants pouvoirs télescopiques ne la verront (car il y aura toujours des étoiles au-delà de notre vision). Et pourtant elle viendra frapper, de sa petite flèche éthérée, la plaque chimique exposée pour l'attendre et la recevoir.