--Jehan des Mocquereaux? Connais pas!

--Il ne connaît pas! Roturier indigne! Mais apprends donc, misérable, que, dans ton grenier, sous la poussière, dormait le récit véridique des exploits et faits de guerre du châtelain qui, dans ce beau pays d'Anjou, fut l'un des ennemis les plus acharnés et les plus heureux des Anglais envahisseurs.

--Alors, ce manuscrit?

--Ce manuscrit, c'est le récit de la vie et des combats de Jehan des Mocquereaux, récit écrit au seizième siècle, par le chapelain de l'un de ses descendants, et que je viens d'avoir le bonheur, pour l'édification des races futures, de découvrir et de déchiffrer.

--Et... c'est gai? fit un sceptique.

--Gai? Est-ce qu'un manuscrit de chapelain peut être gai? Non: c'est tout simplement superbe. On y sent l'odeur de la poudre, on y entend le fracas des batailles, le cliquetis des épées. Pourtant...

--Messieurs, cria le substitut, je vous dénonce notre savant ami. Il a découvert, entre les lignes de son manuscrit, un épisode galant ou drolatique, et il meurt d'envie de nous le lire.

--Et pourquoi pas? hasardèrent quelques voix. Il pleut, il vente, il fait un temps à ne pas mettre un chasseur à la porte. Allons! la lecture!

--Une lecture! Comme vous y allez! reprit le professeur. Mais vous ne comprendriez pas un traître mot à la langue que parle mon chapelain. Seulement, s'il vous plaît de connaître quelque chose de la vie du sire des Mocquereaux, je puis, pendant que la pluie tombe, vous en donner un épisode, non pas grivois, mais peut-être amusant.

Chacun s'installa de son mieux: les pipes et les cigares furent rallumés, les verres remplis, et notre camarade commença: