«Le congrès international des mineurs, réuni le 31 mars 1891 et jours suivants, à la Bourse du travail de Paris, estime qu'une grève générale des mineurs d'Angleterre, de France, d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie et de Belgique, pourrait devenir nécessaire pour conquérir la journée de huit heures.

«Le congrès, avant de recourir à cette mesure extrême, invite les gouvernements et les législatures de ces différents pays à se mettre d'accord pour adopter une convention internationale ayant pour but d'établir une législation spéciale, applicable à tous les ouvriers mineurs.

«Cette convention internationale, semblable à celles que les gouvernements ont appliquées aux questions réglant les services des postes et télégraphes, des chemins de fer et de la navigation, aurait pour objet de mettre en usage, par une action législative uniforme, la journée de travail de huit heures, dans tous les charbonnages privés ou de l'État.»

Mais, si l'on n'est pas arrivé à se mettre d'accord sur une mesure décisive et immédiate, il n'en faut pas conclure que rien n'a été fait au point de vue du progrès des idées internationalistes. On peut dire, au contraire, qu'une résolution des plus graves, dans ce sens, a été prise. Nous voulons parler du vote par lequel les délégués des diverses nations ont promis de favoriser de tout leur pouvoir la grève que se proposent de déclarer les ouvriers belges. Or, on sait que la grève préparée en Belgique n'a pas pour motif une question de salaire: les socialistes belges veulent seulement, au moyen de la grève, exercer une pression sur les pouvoirs publics dans le but d'obtenir le suffrage universel. La grève a donc, dans ce pays, un but essentiellement politique. Or, les délégués des mineurs représentant les pays autres que la Belgique se sont engagés à faire tous leurs efforts pour faire réussir la grève belge, intervenant ainsi dans une question d'ordre intérieur qui ne concerne que ce pays. En d'autres termes, les mineurs allemands, français, autrichiens, etc... se liguent pour faire triompher le suffrage universel en Belgique. Ce principe une fois admis pourrait mener loin, et il y a là de quoi faire réfléchir tous les gouvernements, car cette résolution, moins importante en apparence que la menace d'une grève générale, a une portée pratique immédiate, et constitue une première atteinte au principe en vertu duquel les gouvernements ne tolèrent pas l'intervention de l'étranger dans les questions qui concernent leur constitution intérieure.

Il faut ajouter que les Belges n'ont pas encore décidé à quelle date exacte la grève serait déclarée dans leur pays. Dans le congrès qu'a tenu à Bruxelles, dimanche dernier, le parti ouvrier, il a été décidé que le conseil général de ce parti «aurait pleins pouvoirs d'ajourner jusqu'après la discussion du budget la grève générale.» Le conseil a en outre mandat «de veiller à ce que d'aucune manière la révision de la constitution ne soit ni enterrée ni ajournée et d'agir avec fermeté si une de ces deux éventualités se présentait.»

C'est, en résumé, une mise en demeure adressée au parlement et, dans le cas où elle resterait sans effet, on passera à l'action.

Les partis monarchistes.--Comme on s'y attendait, M. le comte de Paris a désigné officiellement M. le comte d'Haussonville pour remplacer M. Bocher en qualité de directeur du parti royaliste en France.

Quelques jours après, M. d'Haussonville publiait une sorte de manifeste politique sous forme de conversation avec un rédacteur du Figaro. Tout le monde a remarqué que, sans rien abandonner de sa foi, le ton que prenait en cette circonstance le nouveau représentant du comte de Paris n'était pas aussi intransigeant que celui de Nîmes. Évidemment, en prenant la direction d'un grand parti, M. d'Haussonville était amené à parler comme tous ceux qui arrivent au pouvoir et il a senti le besoin de ne décourager aucun de ceux qui pouvaient apporter un concours utile à sa cause.

--On ne connaît pas encore exactement le testament du prince Napoléon, mais, si l'on en juge par les récits qui ont été faits de l'entrevue de ses deux fils, on peut affirmer qu'il n'y aura pas de scission dans le parti bonapartiste, alors même que le prince Louis eût été désigné, par le prince défunt, comme son héritier politique.

Dans une réunion à laquelle assistait toute la famille impériale, le prince Victor a été reconnu pour chef, et le prince Louis a fait d'ailleurs savoir qu'il se désintéressait de toute question politique, pour se consacrer entièrement à ses devoirs militaires et au service de l'empereur de Russie.