Toute une race, toute une classe! Le type du bourgeois puissant, du grand bourgeois industriel français, et le type aussi du gars normand solide et superbe. Des cheveux roux, de fortes mains, de larges épaules, des favoris britanniques, un rire de buveur de cidre. On sait qu'il tint tête à M. de Bismarck lors des conférences du traité de Francfort. Le Teuton voulait stupéfier le Français. Il buvait, tout en causant, de vastes chopes de bière.
--Moi, disait Pouyer-Quertier, j'aime bien la bière, mais il me faut de l'eau-de-vie dedans!
Et, cette fois, M. de Bismarck admirait, ayant trouvé son maître. Le sentimental Jules Favre ne devait savoir à quelle palabre se vouer, entre ces deux mâles, ces deux forces, ces deux colosses.
Ce fut une sorte de roi en son pays que Pouyer-Quertier, mais le contraire du paresseux roi d'Yvetot. Il brassa, mania, gagna et dépensa des millions. On me dit que ses dernières années furent tristes. Il se sentait comme détrôné. Qu'importe! Il devait savoir qu'il laisserait un nom, un souvenir une figure! Son verre de franc Normand a humilié le vidrecome germanique. C'est une mince revanche, mais c'est une revanche, et ce bourgeois de Normandie fut un bon Français et fut un homme.
Mais que dit-on à Paris? On y hume déjà, malgré la pluie, les premières odeurs du printemps. Les bourgeons se montrent, timides d'abord, puis plus confiants. Et une même parole d'allégresse sort de la bouche des pêcheurs des bords de la Seine:
--Enfin, nous aurons du poisson à prendre... dans deux ou trois ans!
M. Jousset de Bellesme a, en effet, obtenu gain de cause contre ce conducteur des ponts-et-chaussées qui l'avait empêché, l'autre jour, de jeter cinquante mille alevins dans la Seine. Le directeur de l'aquarium du Trocadéro disait en vain:
--J'en ai le droit et je viens repeupler de poissons la Seine que l'hiver a vidée!
L'homme des ponts-et-chaussées répliquait:
--Personne ne peut jeter quoi que ce soit dans le fleuve sans l'au-to-ri-sa-tion de l'ad-mi-nis-tra-tion!