--Quoi! personne, même moi?

--Personne, même vous!

--Rien, même des poissons?

--Rien, même des poissons!

Et, pendant ce dialogue d'une chinoiserie spirituellement administrative, les alevins s'ennuyaient dans leurs bocaux, s'ennuyaient à périr--et périssaient.

Peut-être le conducteur des ponts-et-chaussées prenait-il le directeur de l'aquarium pour un jeteur de sorts, absolument comme cette dame qui, sur cette question même, après avoir lu dans son journal ce titre d'article: le ré-empoissonnement de la Seine, s'écriait:

--Comment! les misérables, ils ne trouvent pas que la Seine contient assez de microbes: ils veulent encore la ré-empoisonner!

Quoi qu'il en soit, M. Jousset de Bellesme a eu sa revanche dimanche dernier. Il a pu, cette fois, librement jeter ses alevins au cours du fleuve. Quarante mille truites et dix mille saumons de Californie. Voilà de l'espoir sur la planche pour les grands pêcheurs devant le Seigneur.

Les poissons, s'ils profitent bien, comme on dit dans les campagnes, seront plus nombreux que les pêcheurs au filet ou à la ligne, ce qui étonnera bien des gens, car on a calculé que sur les rives de la Seine on rencontre en moyenne trois pêcheurs et demi pour un goujon. J'ignore le statisticien qui a fait ce calcul, mais c'est là une des gaietés de cette statistique qui, d'après Labiche, sait exactement combien il passe par an de femmes veuves sur le Pont-Neuf.

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