«--Marthe, ce n'est digne ni de vous ni de moi de rester dans une situation fausse. Nous nous voyons, nous agissons comme si... comme si rien n'avait été convenu. Et cependant nous devons nous marier un jour, n'est-ce pas vrai?»
«Je me sentais glacée... Pourquoi? Quel démon est-ce qui me rend ainsi froide, au moment même où, chez moi, le cœur déborde? C'est que peut-être attendais-je de lui une certaine vibration dans la voix, quelque chose qui m'eût crié bien plus que les paroles: «Mais vous ne voyez donc pas que je «vous aime!»
«Avant de répondre, je me détournai un peu pour cueillir une rose, et ce fut sans un tremblement dans la voix, que je dis enfin:
«--Écoutez-moi, Robert; je ne veux pas d'engagement. Interrogez-vous comme je m'interroge moi-même. Avant la fin de l'été, ou nous nous séparerons bons amis, ou nous nous marierons. Jusque-là, restons libres, absolument libres. Si l'un de nous dit à l'autre: «Je ne vous aime pas comme je «voudrais vous aimer», prenons l'engagement de ne sentir que de la reconnaissance; la pire déloyauté serait d'accepter le mariage sans amour.»
«Robert me regarda longuement. Il semblait chercher sur mon visage quelque chose qui ne s'y trouvait pas; comme tout à l'heure j'écoutais le son de sa voix pour y démêler un tremblement que je n'entendis guère. Je me sentis de marbre, tant l'effort de me dominer était grand. Il me semblait à ce moment qu'il y aurait presque une déloyauté à lui laisser entrevoir combien je l'aimais. Il eut un soupir ou de découragement ou d'impatience, je ne sais lequel. Alors, comme dépité, il me dit:
«--J'admire votre calme, votre bon sens... Restez libre. Quant à moi, jusqu'au jour où vous m'aurez dit: «Je ne vous aime pas», je me tiendrai pour votre fiancé...
«--Non, non, ce ne serait pas juste!
«Je tremblais d'émotion, et ma voix sonnait étrangement à mes propres oreilles. Peut-être entrevit-il que mon calme n'était que tout extérieur.
«--Comme il vous plaira, Marthe...
«--Et que personne ne se doute...