--Ça te ferait donc bien plaisir d'avoir une fille aussi bien qu'un fils?
--Tant plaisir, mon Robert, tant plaisir!
--Je comprends cela, pauvre mère chérie que j'abandonne si souvent pour me fourrer dans mes éternelles notes!
--Mais je ne veux pas que ce soit pour moi que tu te maries. Si tu aimes Marthe, épouse-la; si tu ne l'aimes pas, ce serait une erreur cruelle, et pour elle et pour toi, de la prendre pour femme.
--Quelle maman sentimentale j'ai là!... L'amour, c'est un bien gros mot. J'ai cru plusieurs fois, tout comme un autre, aimer, et, entre nous, je pense que je m'étais trompé complètement. Tu sais, rien du grand jeu: ni tempête, ni cris, ni désespoirs, ni folles ivresses; un petit serrement de cœur, certes, quand j'étais... comment dirais-je?... remplacé; puis une boutée de travail à en perdre le boire et le manger. Je me tâtais alors. Fini, plus rien.
--J'espère bien, mon fils, que, lorsque tu songes à Marthe, il ne peut y avoir aucune comparaison avec...
--Aucune, mère, aucune, rassure-toi. J'aime beaucoup Marthe, je crois que je l'ai toujours aimée infiniment. Est-ce de passion? Je ne le crois pas. Au fond, j'en suis peut-être incapable, de cette passion. Si Marthe devient ma femme... Tiens, en disant cela, il m'est venu une douceur infinie au cœur, c'est peut-être après tout de l'amour... si elle devient ma femme, je te jure qu'elle sera heureuse et que j'en serai ravi. Cela te suffit il?
--A moi, oui. Mais à elle, je n'en sais rien. Elle a vu, toute petite, souffrir sa mère, et les enfants comprennent, sans comprendre, d'une façon merveilleuse. Enfin, vous avez toute la belle saison devant vous pour vous décider.
--J'aimerais bien mieux que ce fût décidé de suite. Une fois ma parole engagée, je me connais, je ne regarderais ni à droite ni à gauche; mais ces engagements qui ne sont pas de vrais engagements...
--Te gênent pour ton travail, n'est-il pas vrai? demanda sa mère en riant.