L'air chaud est fourni par un puissant réchaud à pétrole d'un fonctionnement très analogue à celui des réchauds ordinaires à gaz d'alcool. On peut voir sur notre gravure le tube-récipient dans lequel le pétrole, maintenu sous pression à l'aide d'une pompe à air, vient jaillir, préalablement vaporisé, sous forme de flamme intense aux orifices du réchaud. Ce chalumeau, de puissance variable à volonté, susceptible même de brûler en veilleuse, est placé à la partie inférieure de la montgolfière à laquelle il distribue des torrents d'air chaud; il est entouré d'une chemise de toile métallique, destinée, dans l'esprit de l'inventeur, à écarter tout danger d'incendie.
Tout cet ensemble est bien agencé pour fournir d'intéressants résultats à l'intrépide aéronaute, mais on ne peut se défendre d'une certaine inquiétude en songeant au voisinage d'un gaz éminemment inflammable comme le gaz d'éclairage et d'un foyer incandescent même enveloppé d'une toile métallique. Le martyrologe de la navigation aérienne doit beaucoup de ses effrayants épisodes à cette néfaste proximité et, sans remonter bien haut, il suffit de se remémorer le terrible accident du Pax dont l'explosion a été due à la présence des gaz d'échappement d'un moteur dans les environs d'une fuite de gaz hydrogène. Nous souhaitons que la prudence et l'intrépidité de M. Santos-Dumont se doublent dans ces essais, de la chance qui lui a toujours été favorable au cours de ses nombreuses et périlleuses ascensions.
L'aviation en France.
M. Ferber, capitaine d'artillerie, poursuit en France, avec une louable persévérance, des essais d'aviation qui lui assurent dans cette branche intéressante de la navigation aérienne une place des plus honorables. Ses vols planés n'ont sans doute pas atteint la grande longueur de ceux des frères Wright, passés maîtres dans cet art en Amérique, mais ils sont des plus instructifs et des plus utiles pour la solution de ce grand problème.
M. le capitaine Ferber est, comme les frères Wright, émule du fameux Lillienthal, à qui l'on doit la vulgarisation des vols en aéroplane.
Le type d'appareil adopté par M. Ferber est l'aéroplane à deux surfaces superposées qui offre l'avantage de diminuer de moitié l'envergure nécessaire pour enlever un poids donné, tout en formant un ensemble très rigide et très léger à la fois. Cet expérimentateur a abandonné la position couchée sur l'appareil, position de moindre résistance à l'air, mais passablement incommode, et il se tient simplement assis dans un évidement de la surface inférieure.
La gravure ci-dessous nous montre le courageux aviateur dans l'un de ses vols planés.
Le capitaine Ferber exécutant un vol plané.
Nous craignons fort que les amateurs ne se multiplient guère, malgré le charme passionnant, dit-on, de ce sport aérien. Les dangers inhérents à l'aéroplane sont en effet des plus graves, comme le prouvent les chutes mortelles de MM. Lillienthal et Pilcher, les deux plus ardents promoteurs de ces vols planés.