Voici encore un duel sensationnel, en ce qu'il mettait aux prises deux escrimeurs renommés: MM. Georges Breittmayer et Lusciez. Provoqué par des attaques dirigées dans la presse contre M. Breittmayer, il devait être plus extraordinaire encore, puisque celui-ci devait se rencontrer aussi, avec un second adversaire, M. Willy Sulzbacher, non moins fameux dans le petit monde des armes.

C'est l'établissement Chéri, à Neuilly, qui avait été choisi comme lieu de la rencontre le 31 décembre. Les curieux, naturellement, avaient devancé les combattants, afin de ne rien perdre du spectacle. Et c'est en vain que MM. Breittmayer, Lusciez et Sulzbacher avaient stipulé, dans les procès-verbaux préliminaires de la rencontre, qu'aucun spectateur ne serait admis. On a dû transiger: la galerie a abandonné le terrain même du duel, le ring. Mais on l'a logée dans des appartements voisins; les plus intrépides se sont juchés sur le toit, sur le siège de leurs voitures.

Ils ont assisté à de belles passes d'armes. M. Breittmayer, d'abord atteint légèrement à l'angle interne de l'oeil gauche, puis à l'avant-bras, demandait à continuer le combat et blessa à son tour M. Lusciez à l'aisselle droite. Le combat reprit de nouveau jusqu'au moment où M. Lusciez, pris d'une crampe, fut impérieusement contraint de s'arrêter.

Les quatre témoins et l'arbitre M. Chevillard, considérant le caractère particulièrement acharné de la rencontre et rendant hommage à la bravoure et à la correction des deux adversaires, intervinrent alors auprès d'eux pour les réconcilier. M. Lusciez et M. Breittmayer se réconcilièrent et M. Sulzbacher suivit galamment cet exemple et serra à son tour la main de M. Breittmayer.

Mme LARDIN DE MUSSET

Mme Lardin de Musset vient de s'éteindre à Paris, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

Soeur du poète célèbre, pour qui elle éprouvait une très vive affection, elle avait vécu auprès de lui; aussi était-elle mieux que personne renseignée sur les faits se rattachant à la biographie intime de son frère. Sa mémoire, demeurée fidèle jusqu'à l'extrême vieillesse, abondait en souvenirs qu'elle aimait à évoquer devant les visiteurs amis, séduits par le charme de sa conversation. Elle possédait en outre des papiers fort intéressants dont la communication faite de la meilleure grâce du monde à des écrivains contemporains, notamment à notre excellent confrère Adolphe Brisson, leur fut une précieuse contribution pour des études anecdotiques et littéraires.

Parmi les reliques qu'elle gardait pieusement, il faut signaler un portrait d'Alfred de Musset, copie de l'original par Laurelle, et des albums de caricatures paysannes que l'auteur des Nuits s'amusait à croquer, lorsqu'il allait visiter sa soeur en Touraine.

Mme Lardin de Musset était la mère du préfet actuel d'Indre-et-Loire.