GRAVURE D'A. TILLY FILS----TABLEAU D'ALBERT GUILLAUME

LA CORRECTION
La Massière, la comédie de M. Jules Lemaître, dont la première représentation vient d'être donnée cette semaine, et que nous allons publier prochainement, introduit les spectateurs dans le monde des peintres. L'amusant premier acte, qui se déroule dans l'atelier Justinien, aura révélé à beaucoup, avec sa pittoresque mise en scène, un milieu tout nouveau pour eux. Le tableau de M. Albert Guillaume que nous reproduisons ici pourrait constituer, bien qu'il soit antérieur à la pièce, l'illustration très exacte de l'une des scènes, au type près du professeur: celle où Marèze, le «cher maître», s'assied à la place d'une élève pour corriger l'étude en train. C'est le cadre familier à quiconque a fréquenté tant soit peu l'une ou l'autre des «académies» disséminées dans Paris, de Montmartre à Montparnasse: le grand vitrage, d'où tombe la lumière égale et froide du nord; les murs gris où s'accrochent des masques ou des fragments de statues, et aussi quelques-unes des meilleures esquisses des élèves dont l'atelier s'honore; à terre, des cartons à dessin; et au milieu de tout cela, devant la table à modèle, la ligne des chevalets devant lesquels peinent, bien sages, bien appliquées, qui en blouses garçonnières, qui ceintes du tablier des ménagères ou des ouvrières, les aspirantes à la gloire de Rosalba, de Vigée-Lebrun ou de Rosa Bonheur. Le vieux professeur va de l'une à l'autre, ajustant sur son nez l'indispensable binocle, conseillant, louangeant, critiquant: «Mais non, mais non, mon enfant, comme dit Marèze, dans la Massière, ça n'est pas ça... Combien avez-vous de têtes?... Huit têtes, hein? au moins... Et le modèle, combien?... Six, six et demi. Alors?... Regardez mieux!...»

M. Carolus-Duran conversant avec notre
correspondant M. Ziegler dans le jardin de la
Villa, par un froid exceptionnel.

M. CAROLUS-DURAN A LA VILLA MÉDICIS]

Lettre et photographies de notre correspondant de Rome.

Le changement de directeur de notre Académie nationale à Rome a été un véritable événement dans le monde artistique. Le départ de M. Guillaume a donné lieu dans la presse à des considérations extrêmement flatteuses pour le «vétéran de l'art». Ses Etudes d'art antique et moderne, aussi bien que ses oeuvres sculpturales, lui avaient valu en Italie une grande renommée. On avait pour lui comme un sentiment de vénération.

Quant à son successeur, M. Carolus-Duran, on sent de la chaleur dans l'accueil sympathique que lui ont fait les principaux journaux de la péninsule. Son arrivée à la Villa Médicis a été saluée on pourrait presque dire avec enthousiasme, car on connaissait, en plus de ses oeuvres, son affection pour l'Italie, où il a séjourné un certain temps.

«J'adore l'Italie», c'est en effet ce qu'aime à répéter M. Carolus-Duran à tous les journalistes et personnalités qui l'ont approché depuis qu'il est à Rome. Et ce qui le rend encore plus agréable aux Italiens, c'est qu'il le dit dans leur divine langue.