A une casemate de la 1ère division où j'étais, et d'où l'on voit, à l'oeil nu, distinctement, les maisons des nouveaux quartiers de Port-Arthur, la caserne des cosaques, le cimetière, des arbres, de-ci de là, des cheminées hérissant les toits, hier, des soldats japonais ont apporté, sur leurs épaules, un caporal de chasseurs sibériens, un déserteur venu se livrer à eux.
Il était gai, le misérable, on lui avait donné à boire, promis de l'argent et il a fourni aux officiers des indications précieuses. Par exemple, il a fait connaître aux Japonais dans quelles maisons de Port-Arthur on fabriquait les cartouches et dans quelles autres maisons il y avait des dépôts de munitions. Les Russes ont multiplié ces ateliers et ces dépôts en différentes places, précisément pour éviter les dangers et les conséquences d'une explosion qui eût été désastreuse si l'on avait réuni tous ces établissements.
Or, il y avait tout près du cimetière un édifice que les Japonais croyaient abandonné et sur lequel ils ne tiraient jamais.
Ils apprirent par le déserteur russe que cet édifice était un des dépôts de munitions les mieux fournis de la place et à l'aide du périscope relevèrent exactement sa situation.
Immédiatement, le téléphone fonctionna, transmit des ordres aux batteries de la 1ère et de la 6e division, et quelques minutes après une trombe de fer s'abattait sur le dépôt de munitions. Il croula comme un château de cartes, pendant qu'une grande fumée blanche se dégageait des débris. Des détonations suivies et formidables attestèrent qu'il y avait encore à cette place des munitions d'artillerie.
J'ai vu le traître dans la casemate où on l'avait relégué. Quand il m'aperçut, qu'il découvrit cet Européen parmi les Jaunes, il devint stupide, terrifié. Et un officier japonais qui était là me dit: «A présent nous fusillerions bien volontiers cette canaille.»
Batterie des obusiers de 28 centimètres de la 1re division.
Cinquante obusiers de ce calibre (28cm.) bombardaient Port-Arthur. C'est l'un de ces engins (appartenant à la 9° division) qui, à 7,400 m. de distance, après 45 coups d'essai de pointage, incendia et coula en cinq coups consécutifs le croiseur russe «Baya», réfugié dans le port.
Le dépôt des obus de 28 centimètres.
Ce sont ces projectiles qui ont détruit la flotte enfermée dans le port et ont causé dans la ville et dans les casemates le plus de ravages.