Les Primitifs Français.
Ce volume paraît au moment où je termine cet article: c'est son auteur, M. Henri Bouchot, qui organisa, il y a quelques mois, l'Exposition des primitifs français. Plein de renseignements, son livre a cependant, avant tout, l'allure d'une thèse. Non sans le prouver, M. Bouchot nous affirme qu'il y eut, à l'origine, avant ce qu'il appelle la Renaissance décadente, un art bien français, échappant complètement à l'influence italienne et d'autant mieux à l'influence flamande qu'il précédait les Van Eyck. Ceux-ci même durent une partie de leur génie au contact de l'art flamand avec l'art français, son précurseur. Peu s'en faut même que M. Bouchot ne fasse des deux célèbres frères des fils de l'Ile-de-France. Bien qu'ils soient nés à Maeseyck, ce sont pour lui, semble-t-il, des Parisiens. Cela vaut à M. Bouchot, dont la pensée a déjà débordé en certaines revues, les anathèmes de M. Huysmans, dans le superbe livre: Trois Primitifs (Vanier). A la fin du treizième et au commencement du quatorzième siècle, M. Bouchot nous montre des oeuvres françaises, d'une liberté, d'une vie sans pareilles. Près de Mahaut d'Artois, petite-fille de Louis VIII et nièce de saint Louis, née vers 1275, paraissent deux artistes: Etienne d'Auxerre et Evrard d'Orléans. Ils la suivent de Paris et de Conflans à Hesdin, sa résidence favorite. Jacques de Boulogne, formé par Etienne d'Auxerre, et son fils Laurent travaillent à Hesdin. Ainsi Paris et l'Ile-de-France, se transportant vers le Nord et dans le voisinage des Flandres, exercèrent sur les Néerlandais une véritable action artistique.
Plus tard, en plein quinzième siècle, des maîtres bien français comme Jean d'Auteuil, Girard d'Orléans, qui mourut en 1378, donnent des marques de leur talent tout personnel. Vers 1374, trente ans avant l'Agnus Dei de Gand, se place le Parement de Narbonne, du Louvre, avec les scènes de la Passion et le Divin Jardinier. A la cour de Dijon, Jean de Troyes peint à l'huile, quand l'auteur présumé de la peinture à l'huile, Hubert Van Eyck, n'a que trois ans. Ce dont M. Bouchot poursuit à chaque ligne la démonstration, c'est que les Van Eyck ne sont pas des initiateurs et que les Français les ont devancés et enseignés.
De l'art parisien, pur à l'origine, transformé un peu ensuite sous la direction du duc de Berri et par les apports lombards, sont sortis les Flamands de Bruges et parallèlement les Tourangeaux avec Jean Fouquet, les Auvergnats, les Lyonnais et les Avignonnais.
Avec une vigueur toute franc-comtoise, M. Henri Bouchot a présenté ces Opinions.
E. LEDRAIN.
ONT PARU:
ROMANS.--Exploits de Tom Sawyer, détective, par Mark Twain. In-18, Mercure de France, 3 fr. 50;--Place aux géants, par H-.G. Wells, traduction H. Danay. In-18, d°, 3 fr. 50.--Princesse Helga, par Opale. In-18, Flammarion, 3 fr. 50.--La Route s'achève, par Jean Saint-Yves, in-18, Ollendorff, 3 fr. 50.
LITTÉRATURE.--Le Général Choderlos de Laclos, (1751-1803), d'après des documents inédits, par Emile Dard. In-8°, Perrin, 5 fr.;--Choix d'oeuvres en prose de G. Leopardi, traduction de Mario Turiello. In-18, d°, 3 fr. 50.--Le Rêve d'un siècle (Victor Hugo-Richard Wagner), par Joseph Baruzi. In-18, Calmann-Lévy, 3 fr. 50. --Nietzsche et la Réforme philosophique, par Jules de Gaultier. In-18, Mercure de France, 3 fr. 50;--Soirées du Stendhal Club, documents inédits, par Casimir Stryienski. In-18, d°, 3 fr. 50. --Rétif de la Bretonne, avec notice et portrait. In-18 de la Collection des plus belles pages, Mercure de France, 3 fr. 50;--Gérard de Nerval, avec notice et portrait, in-18, d°, 3 fr. 50.