Donatello, par Arsène Alexandre (Laurens 3 fr. 50).--Hogarth, par François Benoît (Laurens, 3 fr. 00).--Boucher, par Gustave Kahn (Laurens, 3 fr. 50).--Le Poinct de France, par Mme Laurence de Laprade (Laveur, 10 fr.).--Les Primitifs français, par Henri Bouchot (Librairie de l'Art ancien et moderne, 4 fr.).

Donatello

Rapidement se poursuit la collection déjà nombreuse des grands artistes, entreprise par la maison Laurens. Donatello a été confié à M. Arsène Alexandre. Le petit Donato ou Donatello naquit à Florence en 1386. Son père, Donato di Niccolo Betto Bardi, cardeur de laine, avait connu, l'exil et vu de près l'échafaud (1380). De quels sombres récits il dut remplir l'imagination de son fils enfant! Ami de l'architecte Brunelleschi, Donatello fit avec lui le voyage de Rome, où les deux compagnons vécurent dans la plus grande pauvreté. Son oeuvre, jusqu'à sa mort (1460), fut immense. Or San Michèle, le campanile de Florence, la cathédrale sont peuplés de ses puissantes créations. Dans son saint Marc, son saint Pierre, son saint Jérôme, dans ses prophètes et ses apôtres, ne cherchez aucune douceur il n'y a là que grandeur et indignation Rien n'égale l'horreur tragique de sa Judith coupant la tête d'Holopherne. Il sculpta un Jean-Baptiste enfant et dans les villes d'Italie répandit «la haute et éloquente tristesse de son âme». Ses deux saint Jean-Baptiste, couverts de peaux de Venise et de Sienne, sont d'effrayantes apparitions. A Padoue il éleva la statue équestre du condottiere Gattamelata et dans l'église Saint Antoine de cette ville façonna des bas-reliefs, parmi lesquels d'une vie prodigieuse, se signalent ceux des enfants chanteurs. Avec l'architecte Michelozzo, il travailla, de 1425 à 1433 à de grands tombeaux; lui-même repose à San-Lorenzo où il dépensa si généreusement son génie.

Nous avons au Louvre son portrait par l'Uccello. Simple dans ses habits, sans nul souci de l'argent, il déposait en un panier ses trésors, afin que ses élèves y puisassent selon leur besoin. L'oeuvre de Donatello vit dans les pages enthousiastes, mais d'une critique juste, de M. Arsène Alexandre.

Hogarth.

William Hogarth est un des plus complets représentants de l'humour anglaise. C'est avant tout un satiriste. Il n'y a pas de métier, ni de fonction dont il n'ait attaqué les travers et les vices. Soldats, juges, médecins, gens d'Église, hommes politiques sont l'objet de sa raillerie. Il n'épargne aucune catégorie sociale. Dans la Réunion moderne à minuit, un révérend prépare le punch. La Marche des gardes vers l'Écosse est dirigée contre l'armée. En la personne de Wilkes, tribun sans conscience, flattant les basses passions populaires, il flagelle la basse démagogie. Sa série de tableaux: l'Élection, débute par une scène de ripaille qui nous montre que Londres ne différait pas de la Rome de Salluste où l'on cherchait la faveur du peuple par des festins. Les six tableaux de la Destinée d'une courtisane, les huit tableaux de la Destinée d'un libertin, reproduits et popularisés par la gravure, les Quatre âges de la cruauté, en quatre tableaux, le Travail et Paresse, le Mariage à la mode, la Rue du Gin et la Rue de la Bière, font pénétrer fort avant dans les moeurs des Anglais au dix-huitième siècle. Le Combat de coqs expose des visages béats et grotesques, suivant la lutte des deux champions armés de longs becs et d'éperons. La plupart des compositions d'Hogarth, à plusieurs scènes enchaînées et graduées, montrent une grande entente du théâtre et constituent de véritables comédies. Rien de plus sain et de plus robuste que cette peinture. Ce qu'on peut reprocher à l'artiste, c'est peut-être parfois, à cause de la multitude des détails, un certain manque d'harmonie dans la composition. Hogarth nous a laissé de lui-même un portrait où il a placé son chien favori. Peut-être l'homme n'était-il pas très sympathique. Petit, trapu, vif, coquet, il était au moral vaniteux, vantard, agressif, et, bien qu'économe, de moeurs relâchées. Il s'est surtout attaché aux laideurs, aux tares, aux cynismes de ses contemporains. Né à Londres le 10 novembre 1697, il mourut le 26 octobre 1764, nous laissant dans son oeuvre une minutieuse histoire des moeurs, des costumes, du mobilier de son temps. M. François Benoît nous a raconté, avec la précision élégante du professeur, les travaux et la vie d'Hogarth.

Boucher.

Ce n'est plus le professeur, c'est le lettré de la nouvelle école, épris de tours originaux, que nous trouvons en M. Gustave Kahn. Sa forme, du reste, s'adapte merveilleusement à la peinture de Boucher. Le souci de bien dire et de ne pas s'exprimer comme tout le monde n'empêche pas M. Kahn de se livrer aux recherches les plus scrupuleuses. François Boucher naquit à Paris, le 29 septembre 1703, rue de la Verrerie, d'un père dessinateur en broderies. Il fut l'élève de Lemoyne, mais se laissa fortement impressionner par Watteau. En Italie, dont il entreprit le traditionnel voyage, il éprouva un goût très vif pour Tiepolo. De 1731 à 1733, il devient «décorateur habile, peintre des coquetteries et des élégances de l'amour, amoureux du léger et du joli». Il illustre Molière de trente-trois dessins (1734), crée dix grandes vignettes pour Acajou et Zirphile de Déclos, fait des cartons de tapisseries et, avec Renaud et Armide, est reçu à l'Académie en 1734. L'année précédente il avait épousé Marie-Jeanne Buseau, jolie blonde de dix-sept ans, dont La Tour nous a laissé un portrait. Cette jeune femme, artiste elle-même, gravant les oeuvres de son mari, devint son type de beauté et paraît dans toute sa peinture. Oudry, appelé à diriger, avec Nicolas Bernier, la manufacture de Beauvais, fait appel au maître-décorateur Boucher. Avec une belle entente de l'ordonnance de l'oeuvre, M. Kahn a parfaitement divisé les productions de l'artiste en pastorales, mythologies, chinoiseries. Si l'on excepte les cris de Paris, parmi lesquels ce chef-d'oeuvre de mouvement et de vie: Balais! balais! et quelques fantaisies comme les Faiseurs de bulles de savon, la Buveuse de lait, et des décors d'opéra, presque tout est compris dans les catégories principales si ingénieusement marquées par M. Kahn. Mais partout, soit qu'il représente Vénus, soit qu'il nous montre des Chinoises de rêve prenant le thé, c'est toujours la femme parisienne qui apparaît. Ses tableaux, semés d'amours, sont une fête éternelle. Il fut le favori de Mme de Pompadour dont il fit sept fois le portrait, en même temps qu'il peignait sa fille, Alexandrine d'Étioles. Dans le luxe et l'aisance, il s'éteignit en mai 1770. En chacun des volumes de la collection des Grands Artistes, vingt-quatre reproductions éclairent le texte du critique historien.

Le poinct de France.

Le dix-septième siècle usait beaucoup de dentelles et pour les habits féminins et pour les costumes des hommes, si bien qu'une partie notable de l'argent français passait en Italie, à Venise, à Gênes, à Raguse. Pour arrêter cet exode, Colbert fit rendre par Louis XIV la déclaration du 12 août 1665 créant des manufactures de poinct de France. Pour que ces produits ne fussent pas inférieurs, il en établit, d'après un code draconien, les modèles, les types, les mesures, les qualités. Avec savoir, Mme de Laprade nous initie à l'oeuvre de Colbert; elle nous raconte ce que fut la dentelle--le poinct de France--dans des villes comme Argentan, Alençon, Valenciennes, et quelles familles se tinrent à la tête de cette charmante industrie française. Son livre, d'une belle érudition, est précédé de quelques pages, fort littéraires, de M. Henry Lapauze.