Le but de la guerre n'est, paraît-il, pas de tuer, mais de mettre hors de combat le plus grand nombre d'ennemis possible, sans les exposer à d'horribles mutilations et à de cruelles infirmités.
Le projectile actuel réalise, en partie, ce desideratum: la mortalité par coup de feu diminue--et diminuera à mesure que la portée des armes augmentera--; le taux des infirmités consécutives aux blessures s'abaisse.
Les lésions qu'il produit sont, d'une façon générale, beaucoup plus bénignes que celles des balles de plomb du fusil Gras ou Mauser, par exemple. Celles-ci faisaient de «gros trous» d'entrée et surtout de sortie, dilacéraient les tissus, qu'elles infectaient avec les nombreux germes logés dans les aspérités de leur surface. La suppuration était la règle. La petite balle a de microscopiques orifices d'entrée et de sortie, bien nets. Son trajet dans les tissus est souvent aseptique et la suppuration est l'exception... surtout si le chirurgien se garde d'explorer les plaies.
Dans les tissus mous, les muscles de la cuisse, par exemple, elle passe «comme une lettre à la poste»: il suffit de mettre sur les deux orifices d'entrée et de sortie un pansement bien propre et de ne rien faire. En quelques jours, le blessé peut reprendre son fusil.
Les os se laissent, eux aussi, traverser sans trop de difficulté et les lésions n'ont pas beaucoup de gravité--ou dans tous les cas guérissent bien--quand le projectile est tiré à une certaine distance. Un os troué est en outre fêlé; il éclate sur plusieurs points; les fragments sont projetés dans les tissus avoisinants, ou précèdent la balle, dans son trajet de sortie. La suppuration est assez fréquente, mais n'est pas un obstacle à la guérison. Autrefois, ces plaies osseuses nécessitaient la plupart du temps l'amputation. Aujourd'hui, on est conservateur, et les procédés radicaux de l'ancienne chirurgie sont devenus exceptionnels.
Mais, quand une balle animée d'une grande vitesse, c'est-à-dire tirée de 200 à 300 mètres, atteint perpendiculairement à sa surface l'humérus, le fémur, un os de l'avant-bras, alors les effets sont terribles. L'orifice d'entrée du projectile a 5 à 6 millimètres. Celui de sortie est une plaie en forme de cratère, longue de 7 à 8 centimètres, large de 5 à 6. Les tissus sont horriblement dilacérés, les muscles réduits en bouillie. Le projectile a fait éclater l'os et de volumineux fragments chassés au devant de la balle qui leur communique sa propre vitesse, cherchent une voie au travers des tissus qui éclatent littéralement sous cette poussée interne, éruptive.
La balle à petit calibre traverse facilement le poumon et ses plaies guérissent avec une remarquable facilité, ce qui n'arrivait pas avec la grosse balle de plomb. En revanche, les plaies de l'abdomen sont très graves et la mortalité considérable.
Les effets les plus intéressants et aussi les plus effrayants de ce petit projectile sont ceux qu'il produit sur le crâne, en traversant le cerveau. Une balle tirée de loin peut parfaitement traverser la masse cérébrale et le blessé n'en est pas autrement incommodé si aucune «zone» importante n'a été lésée. Mais, quand la balle animée de toute sa vitesse, tirée à 150 ou 200 mètres, atteint le crâne, alors tout éclate. Ce sont les effets hydrodynamiques, qu'on ne s'explique pas encore très bien. La peau cède, des fragments d'os larges comme la main sont projetés à 10 mètres et des morceaux de cervelle, gros comme le poing, volent dans les airs. Dans d'autres cas, si le projectile passe bien au centre de la masse cérébrale, l'action hydrodynamique se répartit sur toute la surface intérieure de la boîte crânienne, qui se fragmente en mille morceaux; la peau résiste souvent. Et, quand le médecin tient entre ses mains la tête du cadavre, tout crépite sous ses doigts; les fragments d'os jouent les uns sur les autres: on dirait qu'on palpe, au travers d'une serviette, une soupière ou un saladier réduit en miettes.
Mais, en dehors de ces cas exceptionnels, mortalité moindre, guérison plus rapide des blessures, infirmités consécutives moins considérables, telles sont les trois raisons qui nous permettent de donner au projectile de petit calibre le qualificatif, un peu étrange, de balle humanitaire.
Les propriétés antiseptiques de certaines FUMÉES.