Les représentations de Mme Eleonora Duse, au Nouveau-Théâtre, ont une vogue si persistante qu'il devient puéril d'attribuer ce succès extraordinaire au snobisme parisien. La salle du théâtre est comble tous les soirs et les spectateurs témoignent par leur attitude de l'impression profonde que produit sur eux l'éminente comédienne. Qu'elle interprète de l'Ibsen, de l'Alexandre Dumas ou du Sardou, Mme Duse se montre toujours une actrice incomparable par le relief intense qu'elle donne à tous ses rôles: elle les vit plus encore qu'elle ne les joue.
Shylock, au Théâtre-Français, n'a pas donné tout ce qu'on en attendait. L'adaptation représentée n'est certes pas une des oeuvres marquantes d'Alfred de Vigny; elle laisse subsister néanmoins, dans son intégralité, l'émouvante figure du juif de Venise, et M. Leloir en dessine la silhouette avec un réalisme outré peut-être, fort saisissant en somme: le public n'est pas sans s'en apercevoir, M. Fenoux et Mlle Garrick sont encore à signaler parmi les bons interprètes des autres rôles. Un acte de M. André Rivoire, Il était une bergère, écrit en vers d'une facture exquise, complète agréablement le spectacle.
Nous publions avec ce numéro:
Scarron
de M. Catulle Mendès.
Notre prochain numéro contiendra:
L'Age d'aimer
de M. Pierre Wolff.
Paraîtront ensuite:
L'Armature
de M. Brieux,
d'après le roman de M. Paul Hervieu.
Le Duel
de M. Henri Lavedan.
Monsieur Piégois de M. Alfred Capus.
Les abonnés de L'Illustration reçoivent toutes ces pièces sans aucune augmentation de prix.
UN TREMBLEMENT DE TERRE AUX INDES ANGLAISES
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Le Temple d'Or à Amritsar, en partie détruit.--Phot. Benedict. Un tremblement de terre, qui s'est produit le mardi 14 avril, vient de ravager deux provinces entières, aux Indes anglaises. Les villes qui ont particulièrement souffert sont: Simla, où lady Curzon, femme du vice-roi, a failli périr; Kangra; Dharmsala; Palampur; Lahore; Amritsar, où une partie des tours du Temple d'Or se sont écroulées; Dehra-Dun; Jalandhar, etc. Quant au nombre des victimes, il est considérable. On évalue à 3.000 le nombre des morts aux seuls environs de Palampur, à 10.000 ceux des environs de Kangra. A Dharmsala, les baraquements où étaient casernes le 1er et le 7e régiment de gourkhas et qui s'étageaient sur une colline ont enseveli plusieurs centaines de ces soldats. |
Casernements des soldats gourkhas à Dharmsala (la flèche indique les bâtiments sous lesquels 400 hommes ont été ensevelis).-Phot. du lieutenant Inglis. |
Ce tremblement de terre a eu sa lointaine répercussion en France même. Les appareils météorologiques de l'observatoire du Val-Joyeux ont enregistré, le 4 avril, une perturbation magnétique intense, à l'heure même où les secousses sismiques se produisaient dans l'Inde.
LA CATASTROPHE DE MADRID
Samedi matin. 8 avril, à sept heures, au moment où tous les ouvriers travaillant à l'achèvement du canal Isabelle II, qui amène à Madrid les eaux de la Lozaya, venaient de pénétrer sur les chantiers, sous la voûte du nouveau réservoir en construction, cet immense quadrilatère de 300 mètres sur 150, en ciment armé, s'effondra, ensevelissant tous les travailleurs.
Il y en avait plus de 300. Presque tous furent écrasés, tués du coup. Les rares survivants, affreusement blessés, étaient pris sous les mailles du filet d'acier qui servait d'armature à la voûte de ciment. Les secours furent organisés aussitôt, au milieu d'une émotion indescriptible, qui a donné lieu à des désordres pour la répression desquels la troupe est intervenue.