Le dernier travail de restauration, qui est à peine terminé, est celui que je veux mettre sous les yeux des lecteurs de L'Illustration. Il concerne le temple de l'Erechthéion, situé au nord du Parthénon, dont les façades ouest et nord sont dès maintenant remises en état, autant que le permet le mode de travail adopté. Il s'agit de reconnaître d'abord et d'inventorier tous les débris gisant à terre, d'en déterminer le rôle et la place, et de les remettre ensuite à cette place, sauf à combler les vides et les manques par des matériaux modernes. Les gravures ci-jointes représentent la façade ouest du monument, avant et après les derniers travaux. C'est grâce à l'inépuisable obligeance de M. Balanos, le savant ingénieur-architecte «chargé des travaux de reconstruction des monuments de l'Acropole», que je puis publier la seconde de ces deux photographies qui n'est pas encore en vente. On voit que le vide béant qui trouait le milieu de la façade a été comblé. Quatre colonnes, dont une seule était partiellement debout, ont été relevées. Elles l'avaient été une première fois en 1840, mais une tempête les avait renversées en 1852. Pièce par pièce on les a recomposées. On remarquera qu'il n'y a presque plus rien par terre. C'était un vrai jeu de patience, comme on en peut juger. L'architrave a été de même relevée, ainsi que l'angle du fronton, tout cela, sauf quelques rares fragments modernes, étant absolument authentique et d'un heureux effet.

Mais on a été plus loin. On a reconstitué le mur dans lequel les colonnes étaient encastrées et même les fenêtres pratiquées dans ce mur. Il s'agit, non pas du mur primitif et des fenêtres de l'époque grecque, mais du mur et des fenêtres tels qu'ils étaient à l'époque romaine. Ici, il a fallu un peu plus intervenir. Les encadrements des fenêtres sont authentiques, mais il y a dans le mur des matériaux modernes. Ils ne sautent pas aux yeux, parce qu'on leur a donné à l'extérieur une patine antique, mais on les distingue de l'intérieur.

Chacun pourra, d'après ces documents, se faire une opinion. Comme la restauration du Parthénon est conçue dans le même esprit, on peut prévoir ce qui va se passer. Les colonnes dont les tambours existent seront relevées, ce qui est légitime, car il n'y a pas, après tout, à considérer comme sacrées et irréparables les conséquences d'un accident tel que l'explosion de la poudrière turque qui a éventré le Parthénon. Mais on sera obligé de remplacer un certain nombre de tambours manquants. Après quoi, on replacera l'architrave, les triglyphes et les métopes qu'on a recueillis, avec les bouche-trous indispensables.

Il faut bien avouer que la nécessité de ces bouche-trous n'est pas sans nous troubler. On peut aller loin dans cette voie. Pour utiliser un fragment de chapiteau, on arrive vite à refaire une colonne. Certes, les hommes de goût et de science qui dirigent présentement ce travail délicat méritent confiance; mais, quand ils auront fini leur oeuvre et atteint le terme qu'ils déclarent ne pas vouloir franchir, qui nous garantit que leurs successeurs auront la même réserve et la même conscience?
A. Albert-Petit.

Documents et Informations.

Le trépas d'une grenouille historique. Une célébrité du monde des grenouilles vient de disparaître, qui mérite une petite notice nécrologique. C'est la grenouille décérébrée de l'université Cornell. M. Wilder, physiologiste à cette université, étant d'avis que, chez la grenouille, c'est le cerveau qui est le siège de la conscience et de la volition, entreprit, en 1899, de démontrer la chose en privant une grenouille de son cerveau. Il enleva donc à celle-ci ses deux hémisphères cérébraux. Elle supporta bien cette rude opération et guérit rapidement; on la conserva dans un grand vase ouvert où elle resta pendant cinq ans, jusqu'à sa mort. Ce qui frappa, dans son attitude, durant cette période, ce fut son absolu manque d'initiative. Elle ne faisait que de petits mouvements involontaires du genre de ceux que fait une personne endormie. Jamais l'idée de fuir ou de se déplacer seulement ne lui venait. Pas même celle de se nourrir, qui est pourtant une des plus naturelles et élémentaires. On mettait devant elle les mets les plus attrayants --pour son espèce--sans qu'elle y prit garde: elle voyait, sans doute, mais ne comprenait plus la signification de ce qu'elle voyait. Il fallut la nourrir de force. Chaque jour on la prenait, on lui ouvrait la bouche et on lui poussait, au fond de la bouche, de manière à exciter le mécanisme réflexe de la déglutition, une bouchée de viande fraîche ou de poisson. De cette manière, on put l'entretenir en vie; autrement, elle serait morte d'inanition, faute de conscience et de volition. Dès qu'on la touchait, on provoquait des mouvements: elle faisait quelques pas ou un saut; dans l'eau, elle nageait jusqu'à ce que quelque obstacle l'arrêtât et, mise sur le dos, elle se retournait vivement, mais c'était tout. Si elle réagissait aux excitations extérieures, elle était incapable de se mouvoir de son propre gré; elle manquait absolument d'initiative et de volonté. Elle prouvait nettement, par son attitude, que l'existence des hémisphères cérébraux est la condition de la possession de la conscience et de la volition. Il faut ajouter qu'on savait ceci depuis longtemps, par Flourens et d'autres expérimentateurs. Pendant cinq ans, la pauvre bête a servi à l'instruction des physiologistes; elle a été montrée à cinq générations d'étudiants, elle a même figuré à un congrès de physiologie. Après quoi, elle a trépassé. Il est permis de croire qu'elle n'a eu aucune conscience de sa mort: elle était morte intellectuellement du jour où son cerveau lui fut enlevé.

En présence de la baisse de la natalité française, deux écoles de démographes s'étaient formées: les uns considéraient le mal comme nous étant spécial et s'efforçaient d'y appliquer des remèdes; les autres, plus calmes et plus optimistes, soutenaient qu'il s'agissait d'un phénomène caractéristique de toutes les civilisations avancées, phénomène plus accentué chez nous, simplement parce que la France était à la tête de la civilisation, mais qui se produisait aussi chez tous les autres peuples, dans tous les pays civilisés, où il ne tarderait pas à s'accentuer.

En réalité, cette dernière école paraît être la bonne, car il est certain que la natalité va baissant chez tous les peuples européens.

Ainsi, dans l'empire allemand, la marche décroissante de la natalité est de plus en plus frappante: de 35,7 0/00 en 1901, et de 35.1 en 1902, elle n'était plus que de 33,9 en 1903.

En Italie, la natalité a passé de 36,5 à 33,3; en Grande-Bretagne, elle a passé de 30.7 en 1893 à 27,6 en 1904; en Danemark, de 1893 à 1902, elle est tombée de 30,8 à 29,3; et en Norvège, de 30,6 à 28,9. Seulement, tous les pays, en dépit de cette baisse, ont encore une fort belle natalité comparée à celle de la France, qui atteint à peine 22 0/00.