Le ténor Caruso.--Phot. Varischi-Artico.
Nous avons parlé de Mlle Cavalieri à propos de la représentation de Chérubin au théâtre de Monte-Carlo. Le ténor Caruso, qui fait courir tout Paris aux représentations de Fedora, a trente-quatre ans. Il a été découvert par M. Sonzogno dans un tout petit théâtre de Naples où il chantait à trois cents francs par mois. M. Sonzogno fut frappé de l'éclat merveilleux de ce timbre de voix et de l'homogénéité de cet organe. M. Enrico Caruso, séduit par les propositions du grand éditeur, n'hésita pas à quitter sa ville natale. Il travailla le chant à Milan; sa voix si pure prit de la souplesse et de l'étendue et, quand il débuta (avec la Bellincioni pour partenaire) M. Lirico de Milan, ce fut une révélation, au Caruso a créé Fedora. Ses rôles de prédilection sont Rigoletto (qu'il a chanté l'an passé à Paris), l'Elisire d'Amore (de Donizetti), la Tosca, la Bohème, Carmen, Faust, les Huguenots, Paillasse et Cavalleria.
Dans une pièce en trois actes, de sobre composition et fort bien écrite: la Race, M. Jean Thorel fait revivre le type, heureusement disparu, du gentilhomme qui pousse l'orgueil de la race jusqu'à remettre la survivance de son nom à des héritiers fort indirects, puisque leur blason porte une double barre de bâtardise. Une aimable comédie-vaudeville de M. Max Maurey; Monsieur Lambert, marchand de tableaux, complète agréablement ce nouveau spectacle du théâtre Antoine.
Un vaudeville clownesque de M. Daniel Jourda: La Bande Pick-Pock, a fort bien réussi au théâtre Cluny et le Palais-Royal vient de se composer un nouveau spectacle, fort amusant, en reprenant deux ouvrages de M. Tristan Bernard, l'«éminent humouriste»: l'Affaire Mathieu et Seul Bandit du village.
NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
SIBERIA
C'est à l'heureuse initiative de M. Gabriel Astruc, directeur de la Société musicale (une société qui compte à peine un an d'existence) que nous devons les représentations d'opéras italiens et d'artistes italiens que M. Sonzogno, le grand éditeur milanais, fait connaître en ce moment à Paris.
Parmi ces oeuvres italiennes, l'une, Siberia, drame musical en trois actes de M. Luigi Illica, musique de M. Giordano, justifierait à elle seule la saison italienne du théâtre Sarah-Bernhardt.
Il s'agit d'un sergent russe, Wassili, qui est déporté pour avoir tué par jalousie un officier supérieur qui courtisait Stefana, une demi-mondaine. Wassili, au deuxième acte, fait partie du long cortège de forçats qui, à travers les plaines de neige, s'acheminent vers leur poste en Sibérie; Stefana vient le rejoindre. Au troisième acte, Wassili et Stefana cherchent à s'évader; ils sont dénoncés par Gleby, qui fut jadis l'ami de Stefana. On tire sur eux, Stefana est atteinte, elle meurt, et l'on recouvre son corps d'un drap mortuaire, sans croix, avec le simple matricule qu'elle avait comme condamnée.