Le torpilleur 267.

C'est alors qu'indigné de cette défection le second du bord, le capitaine Ghelerovski, arrachant à l'un des marins son fusil, mit en joue le sous-officier qui commandait le peloton. La balle partit, manqua le but, s'égara. Elle alla frapper Vakoulemtchouk, perdu dans le tas des trente.

Traversé de part en part, à la hauteur du rein, le matelot eut l'énergie de descendre dans la batterie pour y prendre son fusil; il fut le premier qui fit ce geste de rébellion, bientôt imité, comme on le verra. Sans que j'aie pu faire préciser ce qui se passa ensuite, on le repêcha, un moment après, de la mer où il était tombé, ou s'était jeté, ou avait été précipité. On le transporta à l'infirmerie. Le signal du carnage était donné.

Les hommes, ceux d'abord qui étaient demeurés ou avaient été laissés à part, puis tous, aussi bien «ceux qui voulaient manger» que les autres, s'étaient rués vers les râteliers d'armes.

Le capitaine Ghelerovski
(debout).

Le commandant Golickof avait fui avec son état-major. Seul le second, Ghelerovski, demeurait sur le pont: ce fut lui la première victime. Puis vint l'officier chef de l'artillerie, le capitaine Nioupakoïof. Le médecin en chef, le docteur Smirnof, se suicida d'un coup de bistouri, ou de sabre, au bas-ventre.

On fusilla l'enseigne Livintsof et le lieutenant de vaisseau qui dirigeait à bord le service électrique, M. Thone. Enfin on rejoignit dans la chambre de l'amiral le commandant Golickof qui s'était terré là, avec l'enseigne Alexeief, tous deux enfermés à double tour. Le commandant suppliait en pleurant «ses enfants» de l'épargner.

Ses prières ne pouvaient être entendues!...

Une bande qui remontait, cette sanglante besogne achevée, avisa, à l'entrée du carré, le pope Parmen, aumônier du bord, effaré, fuyant. Un des matelots, d'un coup de crosse, lui broya à demi le visage contre la cloison de fer. C'était Matuschenko.