Servantes d'hôtel.
Quelqu'un--un toqué--demanda tout simplement des hors-d'oeuvre et le garçon répondit:
--Mais, messieurs, il fallait le dire: j'entends le français!
Samedi.--Hier soir, en quittant Bergen, le ciel s'est éclairci et, vers onze heures du soir, nous avons eu un avant-goût des splendeurs promises. Soleil couchant. Pas beaucoup plus beau que chez nous, mais intéressant à cause de l'heure indue.
... Il est six heures du matin. Tout le monde est debout. On a déjeuné et nous allons partir pour Stalheim. Il ne pleut pas, mais le ciel est gris. Dans ce pays, il faudrait pouvoir ne pas dormir. Couché hier soir, au jour, à onze heures et demie, à trois heures du matin j'ouvre un oeil et ce que je vois par le hublot de ma cabine me décide à me lever bientôt. Je crois être le premier sur le pont. Erreur. Plusieurs de nos compagnons sont déjà debout et admirent. Nous sommes dans le Sognefiord. Nous naviguons dans une fente longue et sinueuse, resserrée entre de hautes collines dont les sommets ont gardé des plaques de neige et d'où découlent, à droite et à gauche, devant et derrière, des cascades blanches.
LE SOGNEFIORD
Il n'y a qu'à admirer. Si tous les fiords de Norvège ressemblent à celui-là, nous ne regretterons pas notre voyage. Mais comment en donner une idée? Supposez que, dans une chaîne de montagnes très vertes, très rapprochées, la mer ait fait invasion. Nous naviguons dans le dédale des couloirs ainsi créés. C'est superbe. Il n'y a peut-être pas deux cents mètres de ligne droite, de telle sorte qu'à chaque cinq minutes le lac, le bassin, le fleuve vert où nous venons de passer se referme derrière nous et que, sans cesse, se découvrent de nouveaux horizons. Le soleil apparaît, disparaît, se tamise derrière les nuages, fait briller au sommet des collines les taches blanches de la neige que l'été n'a pas encore fondue, donne aux arbres et à la mer des tons verts inimaginables, non encore vus. Les nuages parfois, comme de légers voiles, laissent voir en grisailles les découpures des crêtes, ou emplissent d'ouate une fissure, une excavation, là-haut. Tout à l'heure, pendant cinq minutes, nous avons vu la colline à travers un arc-en-ciel.
Ai-je dit que toutes ces montagnes sont à pic, comme des murailles vertes à peine inclinées, ou tout à fait verticales et noires, et qu'elles ont six, sept ou huit cents mètres de hauteur?
Laissez votre imagination travailler là-dessus...
Samedi soir.--Après le dîner, au moment du départ pour le glacier de Stalheim, le temps se gâte. Tout le monde revêt les harnachements achetés la veille à Bergen: jambières en toile cirée, caoutchoucs, suroîts, casques de cuir; des jeunes filles trouvent encore le moyen d'être charmantes là-dessous. Au milieu de ces costumes noirs, des taches jaunes animées: ce sont les manteaux en toile jaune huilée. Le phoque a eu raison, mais il a eu raison trop tôt; c'est pourquoi on s'est moqué de lui. Dans cette lumière bizarre de la nuit norvégienne, on a l'impression d'une sortie de bal masqué au petit jour.