Courageusement, on s'embarque sous la pluie. Une partie des touristes trouvent à terre des voitures qui vont les conduire au glacier, le plus grand du monde, ma chère. Mais les voitures manquent pour le second convoi. Que faire? Il faudra attendre une heure et demie, sous la pluie, le retour des voitures de la première excursion. Que de gens se seraient emportés contre l'organisateur, contre les habitants, contre le ciel! Les nôtres sont de meilleure composition. On envoie une barque à bord chercher toute la musique, les partitions, on entre dans un hôtel et l'on improvise gentiment, de bonne humeur, une soirée musicale qui fut très gaie. L'organisateur du voyage offre le thé, une tombola et fait ainsi gracieusement pardonner une faute imputable à une agence de Bergen. A minuit, les voitures reviennent (il pleut toujours), quelques intrépides partent tout de même--une heure et demie de carriole--et vont ainsi jusqu'au pied du glacier qu'ils ont le plaisir et l'orgueil de contempler à une heure du matin, en plein jour. A minuit dix, à bord, on a dit la messe. Il n'y a jamais eu autant de monde. Un profane demande pourquoi.
--Pour s'en débarrasser, dit une dame pieuse, demain matin on pourra dormir aussi tard qu'on voudra. A trois heures de la nuit, le dernier excursionniste rentrait...
Il y a des sages qui dormaient depuis dix heures du soir...
«...Imagine un fleuve large comme la Seine à Charenton,
auquel le terrain manque tout à coup...»
TRONDJHEIM
11 juillet.
«Mon cher ami,
»Je n'ai pas voulu t'écrire jusqu'à présent parce que je n'avais pas déragé depuis mon départ. Mais, aujourd'hui, je viens de me réconcilier avec la Norvège.
»A neuf heures, nous avons débarqué à Trondjheim. 35.000 habitants, mon cher ami, et par 63 degrés de latitude. Grande ville par la largeur de ses rues, par une cathédrale romaine et gothique que je n'ai pu admirer parce que j'aime trop le gothique. Nous y avons déjeuné, dans un café où l'on ne parlait ni français, ni anglais, ni allemand. Nous avons résolu de nous en rapporter au hasard. Nous avons demandé par gestes «le déjeuner», c'est-à-dire que nous nous sommes assis à une table en désignant de nos index nos bouches ouvertes et nous avons attendu.