L'empereur de Russie et l'empereur d'Allemagne ont eu, les 23 et 24 juillet, une sensationnelle entrevue.

C'est à Bjoerko, dans le golfe de Finlande, où ils s'étaient donné rendez-vous, que les souverains se rencontrèrent, Nicolas II ayant navigué sur L'Étoile-Polaire et Guillaume II sur le Hohenzollern, et c'est à bord de ces navires qu'eurent lieu alternativement les réceptions et les conciliabules.

Plus d'une fois, à l'occasion des déplacements de leurs augustes propriétaires, il a été parlé des deux yachts impériaux, remarquables par l'importance de leur tonnage et le confort luxueux de leurs aménagements; ils avaient déjà des antécédents historiques, avant l'événement mémorable, sujet de tant de commentaires.

Naturellement, touchant l'objet et le caractère des entretiens confidentiels du tsar et du kaiser, on en est réduit aux hypothèses; mais, en tout cas, on ne saurait considérer d'un oeil indifférent les bateaux derrière les cloisons desquels il a dû se passer autre chose qu'un échange de politesses.

UN DOCUMENT HISTORIQUE

L'EMPEREUR D'ALLEMAGNE ET LA MISSION FRANÇAISE À BERLIN

La mission française envoyée en Allemagne pour le mariage du kronprinz prolongea, on s'en souvient, son séjour après les fêtes, invitée par l'empereur à assister à des manoeuvres partielles. Ces manoeuvres, d'une durée de trois jours, eurent lieu sur le terrain de Doberitz, situé à une vingtaine de kilomètres de Berlin. Les journaux n'ont pas manqué de signaler les prévenances marquées dont, en cette occurrence, le chef et les membres de la mission française furent l'objet de la part du souverain; seule, la photographie était capable de fixer rigoureusement certains traits significatifs, par exemple de noter le moment précis où l'on put voir l'empereur, en uniforme de colonel de uhlans, et le général de Lacroix, gouverneur de Lyon, chevaucher presque botte à botte, avec, sur la même ligne, le colonel Chabaud, de la maison militaire du président de la République; le capitaine des Vallières, officier d'ordonnance du général, auxquels le lieutenant Cailliot, alors en permission et présent à Berlin, avait été invité à se joindre. C'est ce qu'a réalisé supérieurement l'instantané que nous reproduisons aujourd'hui en double page.

Ce document historique se rapporte à un événement qui date déjà de plus d'un mois; mais il a gardé un incontestable caractère d'actualité, car il se rattache d'une façon singulièrement antithétique à la période critique du différend franco-allemand, qui n'est point encore définitivement réglé. Quand nos lecteurs sauront que cette photographie, n'étant pas destinée à la publicité, n'a été tirée qu'à un nombre fort restreint d'exemplaires, et combien, par conséquent, il était malaisé de se la procurer, même en Allemagne, ils voudront bien reconnaître dans sa publication, même tardive, une nouvelle preuve du constant effort de L'Illustration, toujours à l'affût de documents rares, inédits, authentiques, et résolue, pour les découvrir et les obtenir, à ne ménager ni la vigilance, ni la persévérance, ni, au besoin, la patience.

LE THÉÂTRE EN PLEIN AIR DE CHAMPIGNY