Et mon parent m'énumérait, d'un ton doux, ses griefs. Il est accompagné à Paris de ses deux filles, et il avait voulu, la veille au soir, les conduire au concert. Son hôtelier lui apprit que la saison des grands concerts était close; qu'on ne chantait plus guère à Paris, depuis un mois, qu'en plein vent, et qu'au surplus ce n'était point à des oreilles de jeunes filles que cette littérature foraine était destinée.

Mon cousin demanda:

--Y a-t-il du moins quelque endroit où d'honnêtes bourgeois puissent s'assembler pour écouter un orchestre supportable?

On lui répondit qu'il y avait bien, dans Paris, des cafés où ces auditions se donnaient, mais que de fâcheux voisinages y étaient à craindre. On lui conseillait plutôt le bois de Boulogne... Il résolut de s'y rendre et chercha, dans la rue, une voiture à quatre places pour s'y faire conduire.

Un agent de police qu'il consultait lui déclara que ce genre de véhicule n'existait point à Paris, et cet aveu stupéfia mon parent.

Alors, l'agent bienveillant, lui signala l'omnibus qui le conduirait le plus commodément vers la destination qu'il indiquait; il y fit monter sa famille et fut surpris d'y devoir payer une somme triple de celle que lui coûte ordinairement une course en omnibus dans son pays.

Mon cousin se plaint de beaucoup d'autres choses: il lui déplaît que nos trottoirs s'encombrent de tant d'édicules dont la vue choque à la fois le sentiment des convenances et celui de la beauté; ses yeux sont excédés par le désordre de ces réclames lumineuses «intermittentes» qui font, la nuit venue, succéder sur les façades des maisons de nos boulevards, sans répit, des tristesses de ténèbres à des surprises de feu d'artifice et rendent sa chambre d'hôtel inhabitable. «Il y aurait, dit-il, sur les incommodités de ce Paris dont vous êtes si fiers, un petit livre bien amusant à écrire.»

Mais tout de même il y vient, depuis trente ans, passer, chaque été, ses vacances... Et c'est là la gloire de Paris. Cette ville pleine de défauts est nécessaire à tout le monde, on ne sait pourquoi; telles ces femmes dont on médit d'autant plus qu'on les aime davantage...
Sonia.

SUR LES PLAGES

(Voir les gravures des pages 96 et 97.)