Après Hamlet, on est tombé sur Othello. Le Maure de Venise--qui n'est plus même basané, mais seulement de figure terrible--est devenu le major général Washiro, nommé commandant en chef de Formose au moment où les insulaires menacent de se soulever, secondés dans leur rébellion par les pirates chinois. Il a mission d'étouffer cette rébellion.

À peine débarqué, il rencontre Tomoye Fujin (Desdémone--Mme Sada Yacco) moulée en une toilette très américaine, dont l'élégance et le charme l'impressionnent soudain. Telle est la fille du comte Banjo Fura (le Brabantio du poète), ministre du Trésor. Celui-ci s'oppose au mariage sous le prétexte que Washiro est de naissance suspecte et préférerait marier sa fille à Kokotori (Rodrigue), fils d'un directeur de banque,--ce qui n'apparaît pas non plus, au premier abord, comme d'une noblesse très relevée.

Il y a encore Cassio, appelé le major Yoshio Katsu, et Iago, Goza Iya, aussi vilain personnage que l'original, et la petite Bianca, devenue une geisha de Tokio!

Et tout ce monde arbore des uniformes galonnés, aux boutons fleuris du chrysanthème héraldique, des robes last fashion. Et le bouquet enfin, le voici: c'est que, comme il est fort malséant, pour une grande dame, au Japon, de chanter une chanson populaire et que la patricienne Desdémone n'oserait pas même fredonner le Saule, c'est un phonographe qui, dans la chambre nuptiale, nasille la poétique romance!

Mais après tout, pourquoi tant rire? Voltaire n'en a-t-il pas usé avec un sans façon presque égal quand il adaptait Othello en Zaïre?


Le «spectre» de la version japonaise d'Hamlet, représenté en uniforme moderne par Oto Kawakami.

Sada Yacco dans le rôle de Tomoye Fujin, la Desdémone japonaise.

SHAKESPEARE AU JAPON.
--Une scène de la version japonaise d'Othello: Goza Iya (Iago) et Biaka (Bianca).

LA TRAVERSÉE DE PARIS A LA NAGE