Voici un épisode de la vie maritime qui a bien souvent retenu et amusé les oisifs baigneurs en villégiature ou les touristes de passage à Granville. La balance énorme, à plateaux de bois soutenus par de robustes filins, est installée sur le navire même qui s'amarre à quai, le fléau suspendu à un gui, à une vergue. On pèse d'abord 50 kilogrammes de morues équilibrées avec des poids marqués, puis, ces poids retirés, on les remplace par un poids égal de poissons, auxquels fait contrepoids la charge de l'autre plateau. Alors, dès qu'on a débarrassé celui-ci --et tandis que les femmes, échelonnées sur les barreaux de l'échelle, se passent les morues, en les comptant d'une voix monotone, jusqu'à la charrette qui les attend au haut du quai--on le charge de nouveau d'une quantité suffisante pour équilibrer ce que porte le second plateau, si bien que le travail peut se poursuivre sans interruption, sans perte de temps.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

Monuments commémoratifs.

On a procédé récemment à l'inauguration de deux monuments destinés à perpétuer la mémoire d'illustrations nationales ayant des titres divers à ce définitif hommage.

A Paris d'abord, le 22 septembre, date anniversaire de la proclamation de la première République, en 1792, la statue de Camille Desmoulins, dont, au cours d'une cérémonie solennelle, M. Henry Maret, député, président du comité; M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts, et M. Clémentel, ministre des Colonies, furent les éloquents panégyristes. Le nom seul du tribun journaliste suffit pour évoquer la fameuse scène historique racontée par les moindres précis scolaires et popularisée par l'image: au Palais-Royal, le 12 juillet 1789, un jeune avocat juché sur une table, jetant à la foule irritée du renvoi de Necker un vibrant appel aux armes, arborant la cocarde verte qu'aussitôt ses auditeurs cueillent aux branches des arbres; faisant, en un mot, le geste décisif qui entraîna le peuple à l'assaut de la Bastille. Le souvenir matérialisé de cet épisode avait sa place dans le jardin du Palais-Royal, à l'endroit même où l'orateur révolutionnaire prononça ses paroles enflammées, en face du passage central conduisant à la galerie d'Orléans; c'est là que, exhaussé d'un socle de granit assez bas, debout, le bras droit étendu, la jambe et le bras gauches appuyés sur une chaise, se dresse le Camille Desmoulins de M. Boverie, à qui on doit déjà une statue remarquée de Baudin.

Hippolyte Taine, lui, n'a pas participé à l'histoire comme acteur; mais, homme d'étude, investigateur patient et sagace, esprit indépendant, il l'a rigoureusement passée au crible de la critique et sa méthode, son enseignement, ont exercé une influence considérable sur plus d'une génération. Au-dessous des dates de sa naissance et de sa mort, 1828-1893, l'inscription lapidaire du monument qui vient de lui être érigé à Vouziers, devant sa maison natale, dans la rue maintenant baptisée de son nom, résume d'une façon aussi exacte que concise le caractère du penseur et de l'écrivain: elle atteste la sérénité, la fermeté d'une intelligence appliquée, avec l'unique amour de la vérité, à la recherche des causes les plus hautes des choses en matière philosophique, historique et littéraire. Dimanche dernier, en présence de M. Dujardin-Beaumetz et des notabilités locales, on découvrait l'oeuvre du sculpteur ardennais Stanislas Martougen, un buste sévère, supporté par une stèle au pied de laquelle une Muse est accoudée sur une pile de volumes représentant l'énorme labeur de l'auteur de Thomas Graindorge et des Origines de la France contemporaine.

Monument de Taine, à Vouziers. Monument de Camille Desmoulins,
au Palais-Royal.

Comment on repeint un mât de pavillon au sommet d'une
maison gratte-ciel à New-York.
--Phot. Grantham Bain.