Du 5e corps: entre Brienne et Bar-sur-Aube; du 20e corps: en avant de Doulevant-le-Château; du 6e corps (moins la 12e div.): à Vitry-le-François; du corps provisoire (12e div., 5e brigade coloniale et 5e brigade métropolitaine): à Châlons-sur-Marne.

GRANDES MANOEUVRES FRANÇAISES

Du 3 au 6 septembre, se sont déroulées les manoeuvres de «corps d'armée contre corps d'armée» et, du 6 au 10, les manoeuvres dites «d'armée contre armée» (deux corps de chaque côté).

Pendant la première période, les combats ont eu lieu dans le sens est-ouest: le 5e corps (Orléans) est en lutte avec le 20e (Nancy), entre Brienne et Doulevant. Le corps provisoire (Paris-Reims) se déploie contre le 6e corps (privé de sa 12e division), entre Châlons et Vitry.

Dans la seconde période, les combats se déplacent dans le sens nord-sud; le 6e corps et le corps provisoire s'unissent contre le 5e et le 20e, devenus alliés, et la bataille finale se livre dans le triangle Vitry-Brienne-Doulevant. C'est l'armée ennemie qui, d'une façon générale, a remporté le plus de succès.

Bien que ces deux périodes de manoeuvres paraissent répondre à un double thème qui serait celui-ci: 1° combats isolés entre corps d'armée français et corps d'armée allemand, placés l'un en face de l'autre; 2° combat final de deux armées, l'une allemande, venant du nord-nord-est, dans la direction Sedan-Châlons, l'autre française, paraissant venir du centre de la France, on doit considérer le thème général des manoeuvres françaises comme beaucoup plus complexe qu'il ne semblerait à première vue.

Le thème général des manoeuvres françaises.

En réalité, les deux périodes de manoeuvres (3-10 septembre) répondaient à l'unique hypothèse que voici: un groupe d'armées allemandes a envahi la France par l'Argonne, et a réussi à traverser la Meuse. Sur la gauche de ce groupe d'armées, une force considérable, opérant de flanc, et venant du Palatinat, s'est avancée entre Nancy et Lunéville, entre Toul et Épinal, jusque dans la vallée supérieure de l'Ornain, petit affluent de la Marne. Là, cette armée détache en avant deux corps, l'un vers Vitry, l'autre vers Doulevant et Brienne, de façon à explorer les deux routes (route de l'Aube, route de la Marne) qui conduisent dans le bassin de Paris. Mais une armée française s'est concentrée derrière la Loire et s'est avancée jusqu'à Troyes. De là, pour riposter à la manoeuvre ennemie, l'armée française lance en exploration un corps vers Châlons, un autre vers Brienne. Des combats d'avant-garde se livrent pendant trois jours entre ces corps d'armée; puis les deux armées, concentrant leurs forces, s'avancent, l'une (l'armée allemande), de la vallée supérieure de l'Ornain vers Vitry, et l'autre (l'armée française), de Troyes vers Brienne, sur la rive droite de l'Aube, où se disputera la bataille décisive, dans un engagement général qui mettrait face à face les Allemands adossés aux Ardennes et les Français ayant derrière eux le plateau de Langres.

Il est à remarquer que l'hypothèse d'une invasion de la France par l'Argonne est une hypothèse fréquemment envisagée par les stratégistes et qui fut, du resté, réalisée une fois dans l'histoire. Quatre fois, en un siècle, la France a été foulée par le pied de l'envahisseur, en 1792, en 1814, en 1815 et en 1870, et chacune de ces invasions s'est acheminée vers Paris par une route différente. En 1792, les Prussiens, conduits par le maréchal de Brunswick, empruntèrent justement cette route de l'Argonne, et ne furent arrêtés qu'à Valmy, en Champagne.