Portrait de Nelson,
par J Hoppner.
Cent ans sonnent aujourd'hui, 21 octobre 1905, sur l'un des drames les plus émouvants de l'histoire.
En l'année 1805, la Grande-Bretagne se trouvait exposée au plus sérieux danger qu'elle eût peut-être couru. William Pitt, son ministre, avait rompu la paix d'Amiens et, par le fait de la lutte que le gouvernement britannique osait engager contre Napoléon, l'indépendance, l'existence même de la nation anglaise étaient en jeu.
La campagne navale de 1805, qui a abouti à la bataille de
Trafalgar.
On sait comment Napoléon avait réuni une armée de 120.000 hommes au camp Boulogne, à 40 kilomètres à peine du rivage britannique. Sur son ordre, 1.500 bateaux, destinés à transporter cette armée d'invasion de l'autre côté du détroit, avaient été groupés dans les ports de Calais, de Boulogne, de Wimereux, d'Etaples. Les préparatifs de la descente en Angleterre étaient terminés. Qu'un vent favorable secondât la marche de la nouvelle Armada, que les flottes britanniques s'éloignassent pendant une semaine ou deux des côtes de France et d'Angleterre, et l'empereur franchissait le Pas de Calais, débarquant à 25 lieues de Londres.
Quelle était la situation des flottes françaises et anglaises au commencement de l'année 1805? A Toulon se trouvait une escadre française, commandée par l'amiral Villeneuve, mais elle était surveillée et presque bloquée par une flotte anglaise placée sous les ordres de lord Nelson. Ce dernier avait établi sa base d'opérations dans la baie de la Maddalena, au nord de la Sardaigne. Il convient d'ajouter à notre actif que Napoléon s'était acquis l'alliance de l'Espagne: de ce fait, un certain nombre de vaisseaux espagnols devaient prendre rang dans nos escadres, mais ils étaient dispersés dans les ports de Carthagène, Cadix, Vigo, la Coroene, le Ferrol.
Dans l'Atlantique, deux flottes anglaises et deux flottes françaises. Une flotte anglaise que commande Calder bloque la côte espagnole, depuis Vigo jusqu au Ferrol, surveillant en même temps de loin l'escadre française de Missiessy, qui se tient à Rochefort. L'amiral anglais Cornwallis effectue rigoureusement le blocus de Brest, dans lequel se trouve enfermé, avec une troisième portion de nos forces navales, l'amiral Ganteaume.
La situation était telle qu'aucun des amiraux français ne pouvait protéger le débarquement de l'armée de Boulogne, tandis que les amiraux anglais--deux d'entre eux, au moins--étaient en mesure de l'entraver par une rapide apparition dans la Manche.