Le supplément musical de l'Illustration est consacré aujourd'hui à Miarka, le beau drame lyrique de M. Jean Richepin, musique de M. Alexandre Georges, qui a été acclamé cette semaine à l'Opéra-Comique.

Les fervents de musique classique ont salué avec plaisir dans cette Miarka les deux hymnes que nous publions précisément dans ce numéro. Ces belles pages étaient pour eux des connaissances qui datent de novembre 1896. C'est en effet à une des séances du Concert Lamoureux, au Cirque d'Été, que Mme Jenny Passama créa, au milieu d'applaudissements unanimes et pour l'auteur et pour l'interprète, l'Hymne à la Rivière et l'Hymne au Soleil, qui, depuis, ont été intercalés dans le drame lyrique de M. Alexandre Georges et en sont les plus purs joyaux.

Ces deux airs se chantent l'un à la suite de l'autre, à la fin du premier tableau, qui est le prologue de Miarka. Ils sont le baptême de la petite Miarka que sa grand'mère, la Vougne, une bohémienne qui détient les secrets et les rythmes de la tribu, présente d'abord à l'eau, où elle la trempe, puis au soleil pour la sécher.

L'Hymne à la Rivière est comme une incantation solennelle, hiératique; l'orchestration en semble enveloppée de mystère et d'émotion pénétrante.

L'Hymne au Soleil est, au contraire, vibrant, éclatant. C'est de la musique qui se grise pour ainsi dire de lumière. C'est une invocation d'un lyrisme enfiévré. Mme Héglon a fait ressortir en grande artiste le contraste voulu par l'auteur entre ces deux pages de coloration si variée. L. S.

LES THÉÂTRES

Mme Marguerite Carré. Mme Héglon.
Les deux principales interprètes de «Miarka» à l'Opéra-Comique.

--Phot. Paul Berger.

Nous parlons d'autre part de Miarka, le drame extrait par M. Jean Richepin d'un de ses romans et si heureusement mis en musique par M. A. Georges. La mise en scène est de toute beauté; on ne saurait trop en louer la direction de l'Opéra-Comique et M. Jusseaume, son très artiste décorateur. Mme Carré, gracieuse et piquante dans le rôle de Miarka, et Mme Héglon, qui a composé avec une puissance réelle le rôle d'une vieille bohémienne, chantent avec un art accompli cette musique dont la grande qualité est d'être mélodique et pittoresque.

Le théâtre de la Renaissance joue actuellement une pièce en quatre actes de M. Jules Lemaître: Bertrade, écrite en un style fin et savoureux dont nos lecteurs pourront juger, puisque L'Illustration publiera cette oeuvre in extenso dans un de ses prochains numéros. Mlle Brandès, Mme Judic, Darcourt, MM. Guitry, Guy, Arquillière, se sont fait, dans leurs rôles respectifs, chaleureusement applaudir.