Une bluette au refuge du Lautaret, un petit roman d'amour, sans grande émotion, entre deux touristes, tel est le sujet de la nouvelle qui donne son nom: le Chalet dans la montagne (Fasquelle, 3 fr. 50), au livre de M. Eugène Montfort. Suivent des notes de voyage prises à Barcelone la nuit, à Florence, à Oxford et en Écosse.
Variétés historiques et pittoresques.
Il y a des pages coloriées et d'étincelantes descriptions dans la Cité de la mort, de M. Louis Bertrand (Ollendorff, 3 fr. 50). L'auteur nous donne une vision neuve de l'Afrique du Nord considérée comme pays latin. Mais n'y aurait-il pas quelque souvenir de Loti dans la manière dont M. Louis Bertrand a brossé ses paysages?
M. Emmanuel Rodocanachi, l'auteur de tant de remarquables études relatives à l'histoire de Rome, a consacré une substantielle monographie au Capitole romain antique et moderne (Hachette, 5 fr.) Cette nouvelle contribution vaut à plusieurs titres: importance du sujet, abondance et qualité des documents (y compris de nombreuses gravures). Le Capitole--ce vocable fameux désigne à la fois, on le sait, la colline elle-même et ses édifices--a eu, selon les propres expressions du savant écrivain, ce rare privilège de demeurer, à travers les âges, le centre et comme le symbole de la vie politique de Rome; il en a été bien réellement la tête, ainsi que son nom l'y prédestinait. Aussi ses transformations successives offrent-elles le plus haut intérêt. C'est à nous les retracer, depuis les origines jusqu'à l'époque moderne, que M. Rodocanachi s'est appliqué, avant de nous guider pas à pas parmi les curieuses et instructives collections archéologiques du musée capitolin. Il l'a fait avec la précision et la variété d'une érudition où le souci de l'art sous ses diverses formes, monuments, statues, etc., s'allie étroitement à la science historique la plus sûre.
Questions sociales.
L'application, à la Russie réformée, des théories de Henry Georges sur la nationalisation du sol, voilà, d'après Tolstoï, le seul moyen de rendre la vie possible au paysan russe qui meurt de faim. La terre est accaparée par ceux qui ne travaillent pas. Ceux qui remuent le sol--ils sont cent millions! --ne peuvent, par leurs propres efforts, subvenir à leur existence. Et c'est là le Grand Crime (Fasquelle, 3 fr. 50) que dénonce le célèbre penseur. En tête de ce plaidoyer pour les misérables, Tolstoï adresse un éloquent appel au tsar. Ajoutons que l'oeuvre est accompagnée d'une remarquable préface de M. Halpérine-Kaminski, l'éminent traducteur.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
Les usines de Niagara.
L'énergie électrique fournie par les chutes du Niagara et distribuée par la Niagara Falls Power Company est utilisée actuellement par trois services: le service de Niagara même, absorbant 45.000 chevaux qui assurent l'éclairage de la ville, la marche du tramway et le fonctionnement de trente usines, presque toutes consacrées à l'électrolyse; le service de la rive canadienne, où le courant est amené par des conducteurs suivant le pont métallique, encore à ses débuts et consommant 2.000 chevaux; le service à longue distance vers Buffalo (32 kilomètres). Tonawanda, Lockport et Olcott, qui distribue 30.000 chevaux, dont 24.000 à la seule ville de Buffalo.
Pour cet envoi à distance, le courant, en sortant des dynamos génératrices, est amené à la tension de 22.000 volts par des transformateurs qui en absorbent une partie et qui représentent eux-mêmes une dépense appréciable. Les droits de parcours, l'entretien des conducteurs, la déperdition d'énergie, la retransformation du courant à son arrivée à Buffalo et sa distribution, augmentent beaucoup les frais. Et, s'il est exact que la perte par transmission entre Niagara et Buffalo n'excède pas 10%, le prix de l'énergie transmise se trouve majoré dans une proportion beaucoup plus considérable: il reste, cependant, intérieur au prix que pourrait offrir une production locale. Mais c'est là un cas d'espèce, et M. H.-W. Buck, dans un rapport aux membres des Sociétés d'ingénieurs américains, se prononce formellement, au point de vue économique, contre le système du transport de la force. Il estime que les industries ont un intérêt indiscutable à se grouper près des chutes.