UN GRAND PHYSICIEN

M. Cailletet, membre de l'Académie des sciences, président de l'Aéro-Club de France, vient de mourir à l'âge de quatre-vingts ans. Avec lui disparaît un des plus grands physiciens de l'époque, en même temps qu'une des figures les plus originales et les plus sympathiques de la science contemporaine.

Seul, en effet, ou presque seul parmi les membres de l'Institut, M. Cailletet n'avait appartenu à aucun corps officiel; il était maître de forges. Né à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) en 1832, il dirigea de bonne heure des usines importantes; faisant marcher de front les recherches scientifiques et l'exploitation commerciale.

En 1877, il s'attaqua à la liquéfaction des gaz jusqu'alors considérés comme permanents: azote, oxygène, hydrogène, oxyde de carbone, méthane. Ces gaz avaient résisté à des pressions de 2.800 atmosphères.

M. Cailletet imagina de les soumettre à une température très basse en même temps qu'il les comprimait. Il constata qu'il existe un point critique, c'est-à-dire un degré de température au-dessus duquel la liquéfaction d'un gaz est impossible, quelle que soit la pression. Ce point critique est -242° pour l'hydrogène. Pour obtenir ces températures extrêmement basses, Cailletet utilisa la détente brusque d'un gaz comprimé lentement sous haute pression. Il réussit ainsi à liquéfier les cinq gaz cités plus haut.

Ces expériences curent un retentissement considérable. Elles apportaient la solution d'un problème scientifique qui avait passionné nombre de physiciens, et elles préparaient de nombreuses applications pratiques. Ce fut, notamment, le point de départ de l'industrie du froid.

Du jour au lendemain, M. Cailletet fut célèbre, et, pour rendre hommage à ses travaux, l'Académie des sciences le nomma membre libre en 1884.

Vers cette époque, l'illustre physicien quittait l'industrie pour s'offrir un repos bien gagné. Il continuait à s'intéresser aux progrès de la science, s'occupant spécialement des questions d'aéronautique dans lesquelles il avait acquis une compétence qui lui valut d'être choisi comme président de l'Aéro-Club de France. Très vert, malgré son grand âge, l'esprit ouvert à toutes les idées modernes, jouissant en sage de l'aisance qu'il avait conquise par son travail, ce Bourguignon de pure race, toujours affable et souriant, apparaissait comme un type accompli du savant français.

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