Après avoir été salué à la gare par les princes Boris et Cyrille, le ministre plénipotentiaire bulgare, M. Stanciof, qui les avait accompagnés, et les officiers supérieurs des troupes bulgares casernées dans la ville, le roi Ferdinand descendit au consulat général de Bulgarie à Salonique. Peu après, le roi Ferdinand alla rendre visite au roi de Grèce auquel, dès les premiers mots, il dit: «Je suis venu ici en simple touriste.» Puis il reçut à son tour le roi des Hellènes et la photographie ci-dessous fut prise à l'issue de cette seconde entrevue.

Le lendemain, qui était la Saint-Nicolas, une messe solennelle fut célébrée à l'église russe en l'honneur du prince Nicolas de Grèce, et le roi Ferdinand tint à assister à cette cérémonie avant de se rendre au déjeuner qui lui était offert par le roi Georges, et où la conversation entre les deux alliés--au lendemain des âpres contestations au sujet de la prise de Salonique et des différents autres incidents gréco-bulgares, très vifs, qui se sont élevés dans la ville même, après l'occupation--fut, assure-t-on, des plus cordiales et certainement des plus opportunes.

Le soir même, le souverain bulgare prenait le train pour Sofia où le rappelaient d'importantes dépêches.

Rechid pacha. M. Novakovitch. M. Danef. M. Venizelos. M. Miouchkovitch.
LES CONVERSATIONS DIFFICILES DE LONDRES: LE DERNIER MARCHANDAGE
Dessin de L. Sabattier.

Aux délégués de la coalition balkanique exigeant de la Turquie l'abandon de tout son empire d'Europe, sauf le maigre hinterland de Constantinople, le premier plénipotentiaire ottoman Rechid pacha a fini par consentir la cession de ces vastes territoires, à l'exception cependant d'Andrinople, encore défendue bien qu'affamée, et des îles de l'archipel turc dont l'empire ottoman refuse désespérément de se dessaisir. Les alliés n'ont pas admis ces réserves et ils ont adressé, le 3 janvier, aux Turcs, un ultimatum qui, faute d'entente définitive, dans la séance de lundi sous la présidence à poigne du délégué serbe, a entraîné une suspension des négociations,--qui doit permettre au conseil des puissances d'utilement intervenir. Car on ne croit plus guère maintenant à la reprise des hostilités: «Dans ces sortes de marchandages, dit irrespectueusement le Times, qu'il s'agisse de la vente d'un tapis dans un souk de Bagdad ou de la vente d'un cochon à la foire de Connaught, il arrive fatalement, au moins en apparence, un moment d'extrême tension. Les parties haussent le ton. L'acheteur sort de la boutique, de la façon la plus énergique. Le vendeur, de son côté, jette son tapis d'un air non moins résolu. Mais généralement ce moment critique est celui où le marché est le plus près de se conclure...»

LES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE GRECQUE CONTRE JANINA.--La bataille de Pesta (15 décembre 1912): une pièce de 105, en batterie sur la route, tire à un angle de 45 degrés, par-dessus une colline, sur les ouvrages turcs de Pisani. Photographie Jean Leune.--Voir l'article, page 21.

ENTRE LES TURCS ET LES BULGARES

Depuis la signature de l'armistice, notre envoyé spécial à l'armée turque, Georges Rémond, était resté à Constantinople. Tout l'intérêt de la guerre, suspendue, mais non terminée, se reportait désormais sur la dernière place forte opposée aux troupes bulgares, Andrinople, au sujet de laquelle s'engageait, à Londres, entre les délégués des peuples ennemis, un âpre débat sans issue. Notre correspondant avait formé le projet de s'y rendre,--non pas qu'il pût espérer nous faire part, une fois entré dans la ville assiégée, de ses impressions; mais, s'offrant à y demeurer jusqu'au dernier jour et à partager le sort de ses habitants, il nous eût apporté, la paix conclue, le plus précieux témoignage sur la défense de la grande forteresse de Thrace. Muni d'une recommandation de l'ambassade de Russie pour l'état-major bulgare et d'une lettre pour Choukri pacha, gouverneur d'Andrinople, acceptant de voyager sans domestique, avec un léger bagage, et de traverser les lignes les yeux bandés, il pensait ne point rencontrer d'obstacle à son dessein: on ne pouvait même craindre qu'il transmît des nouvelles au commandant de la place investie, puisque celle-ci n'a pas cessé de communiquer avec Constantinople par la télégraphie sans fil. Les autorités militaires bulgares n'ont point cru devoir, cependant, laisser passer notre envoyé spécial.