Conclusion: pessimisme général, nervosité, barricades.

LE PARLEMENTARISME EN CHINE.--Une séance de la Chambre
des Députés (50 ou 60 membres seulement sont présents).

VISITE AU PARLEMENT

3 juin.

Je n'ai pas encore pu voir Yuan Chi Kaï.

M. de Margerie, notre ministre plénipotentiaire, a bien voulu, dès mon arrivée, avec une obligeance et une exquise bonne grâce dont je lui garde une vive gratitude, faire des démarches pour m'obtenir une audience,--ou, plutôt, une séance de pose. Je tiens beaucoup à dessiner un portrait du Président. M. de Margerie a obtenu son agrément, en principe, mais il faudra attendre, car il est accablé de travail et de préoccupations de toute sorte. Soit! Attendons.

En attendant, je suis allé à l'Assemblée nationale. Le palais législatif est situé, à l'ouest de la ville tartare, sur l'espèce de chemin de ronde qui longe la muraille. Dans ce quartier éloigné, peu d'animation; beaucoup de tas d'ordures, des lacs de boue quand il pleut, un épais tapis de poussière quand il fait beau. De temps en temps, une file de chameaux; à chaque pas des chiens presque sauvages, méfiants et sales, farfouillent dans les détritus ou font semblant de dormir au milieu du chemin. Tous les quinze ou vingt mètres, un soldat appuyé sur son fusil, baïonnette au canon, est en sentinelle, on se demande pourquoi. Aux abords immédiats du temple des lois, la voirie est un peu plus soignée. L'entrée du monument est ornée d'une sorte de marquise en nattes abritant du soleil ou de la pluie les soldats de garde, en uniformes kaki et en casquettes allemandes. Le bâtiment est quelconque, de style européen, comme il convient, et rappelle un pensionnat de demoiselles de la banlieue de Paris. Des députés, en pousse-pousse, arrivent dans des flots de poussière et pénètrent dans la salle des séances.

Là dedans, j'ai vu, sur une estrade, dans une espèce d'alcôve, au fond d'une grande salle de bal de barrière, un monsieur, en complet de tussor, lire des papiers qu'il tenait dans sa main droite, la gauche restant enfouie dans la poche de son veston. C'était le Président. Derrière lui, deux drapeaux aux nouvelles couleurs chinoises--bien laides--sont appliqués au mur; en face, le parterre, meublé d'une centaine de petites tables disposées en hémicycle, devant lesquelles étaient assises, bien sagement, une cinquantaine de personnes.

J'ai cru d'abord m'être trompé et avoir pénétré dans quelque Sorbonne ou quelque Université, tant les auditeurs me semblaient jeunes: plusieurs d'entre eux ne paraissaient pas avoir plus de quinze ans. Et puis ils avaient l'air si attentifs, si déférents, qu'il ne me serait jamais venu à l'idée que ce put être des députés. Quelques-uns se sont levés, tour à tour, et ont dit quelques mots; l'un d'eux a parlé assez longtemps (cinq bonnes minutes), il a même fait quelques gestes. Ce devait être le Jaurès de l'assemblée. Sur quoi je suis parti. J'allais oublier de vous dire qu'autour de la salle il y a des tribunes pour le public: c'est un vague balcon en bois, pas très solide, avec quelques bancs occupés par des spectateurs clairsemés. Dans la tribune diplomatique, où j'étais placé, il y avait des chaises.