Sur les cinquante ou soixante députés présents, la moitié, environ, portait le costume chinois; l'autre moitié était, habillée à l'européenne, et certains vestons, remarquables par leur élégance, symbolisaient, pour moi, l'influence des idées européennes dans ce milieu énigmatique.
Ici, pas une tresse,--le mot d'ordre est: Bas les nattes!
PORTRAITS OFFICIELS
4 juin.
Cet après-midi, j'ai été reçu par le président et le vice-président de la Chambre. Très aimablement ils ont posé devant moi et ont orné mes croquis de leurs signatures respectives.
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Le président de la Chambre, Ou Ching Sien. avec sa signature autographe. | Le vice-président de la Chambre, H. L. Tan, avec sa signature autographe. |
Mes modèles ne sachant ni le français, ni l'anglais, l'entretien aurait été languissant si le frère du vice-président, M. S. M. Tan, lui-même vice-ministre de la Marine, n'était venu assister à la séance de pose et, dans un français très pur, me parler de Paris, où il a séjourné assez longtemps comme attaché à la légation de Chine et dont il garde un souvenir exempt de mélancolie. C'est un homme tout jeune, élégant, instruit et intelligent, à la figure très énergique, avec des yeux pleins de résolution.
Nous avons bu du thé en fumant des cigarettes et en causant de choses et d'autres. Je dois avouer que nous n'avons presque pas parlé des affaires du pays, de la révolution, du nouveau régime. Mon insurmontable aversion pour tout ce qui touche à la politique, même étrangère, fait de moi un très piètre interviewer en cette matière; d'autant plus que mes interlocuteurs sont très fermés sur ces questions et qu'il faudrait des prodiges d'insinuante diplomatie pour en tirer quelque chose.
De mon côté, je crains de n'avoir pu leur cacher mon admiration pour tout ce qu'ils veulent amender ou détruire en Chine, ni mon horreur de ce qu'ils considèrent, eux, comme le Progrès et qui me fait l'effet d'une profanation.
Les têtes sont, à elles seules, d'intéressants sujets d'étude, et j'éprouve beaucoup plus de plaisir à fouiller de l'oeil les traits si étrangement expressifs du président Ou Ching Sien que je n'en aurais à entendre sortir de sa bouche les considérations les plus éloquentes sur les beautés du régime parlementaire dans l'Empire du Milieu.