| S. M. Tan, vice-ministre de la Marine. | Le général Munthe. | M. Bouillard. |
Quel dommage, me disais-je, en dessinant, que cet homme ait renoncé à son bonnet à bouton de corail, à sa natte, à sa belle robe de soie, pour s'empêtrer, sous couleur de régénération nationale, dans un vêtement que nous trouvons déjà hideux pour nous-mêmes, et qui, en tout cas, ne va pas avec cette figure-là.
On ne me fera jamais entrer dans la tête que le progrès consiste en un changement de costume, et ces Chinois, reniant leurs traditions, méprisant les beautés de leur art si particulièrement beau et émouvant, me semblent aussi bêtement puérils que les jeunes paysannes de chez nous qui se figurent être très élégantes sous les odieux chapeaux à fleurs qu'elles substituent aux coiffes et aux bonnets de leurs mères et qui les font si ridicules.
Le vice-président H. L. Tan a une figure plus effacée, comme de juste, que celle de son chef de file. Il souffre en ce moment d'une ophtalmie qui l'oblige à porter des lunettes. Une fois mon croquis fini, il m'a fait dire par son frère qu'habituellement il n'en mettait pas et que la ressemblance pourrait s'en ressentir; mais c'est très difficile d'effacer une paire de lunettes sur un dessin, et puis il faisait une telle chaleur que les miennes ruisselaient de sueur, et je n'ai pas eu le courage de recommencer le portrait si laborieusement achevé.
Ces messieurs m'ont donné leurs photographies avec des dédicaces et attendent avec impatience le moment où L'Illustration publiera mes dessins. Qu'ils trouvent ici tous mes remerciements pour leur aimable accueil et l'expression des vifs regrets que j'éprouve de n'avoir pu faire avec eux plus ample connaissance.
QUELQUES SILHOUETTES EUROPÉENNES
14 juin 1912.
On ne soupçonne pas, en France, la quantité d'Européens cultivés et distingués qui, venus en Chine, pour quelques mois, il y a dix, quinze ou vingt ans, ont été charmés et pris par ce pays extraordinaire et y sont restés.
Au nombre de ceux que Pékin a gardés, un des plus aimables et des plus avertis est M. Bouillard, ingénieur et directeur du Chemin de fer Pékin-Han-keou. Il est, je crois, le doyen des résidants français, sinon par l'âge, du moins par la durée de son séjour. Il faut l'entendre conter, avec sa souriante verve de Parisien montmartrois, quelques épisodes du siège des légations, en 1900. Il faut, surtout, faire avec lui une excursion aux environs. Son érudition et sa bonne grâce n'ont d'égales que celles du commandant Vaudeseal dont je vous ai déjà parlé. C'est une bonne fortune de trouver à l'étranger de pareils Français.