Scènes du premier et du dernier acte de l'Embuscade, de M. Henry Kistemaeckers, à la Comédie-Française. Décors de M. Bailly et de MM. Jenselme, Gillard et Guérard.
--Photographies A. Bert.--Voir l'article, page 142.
LA CONFESSION DE LA DU BARRY (Mme JANE HADING) DANS SON CACHOT DE SAINTE-PÉLAGIE
Une scène de la Chienne du Roi, l'acte de M. Henri Lavedan, applaudi avec Servir au Théâtre Sarah-Bernhardt (direction Guitry).
Dessin de J. SIMONT.
Il y avait déjà un contraste piquant à nous montrer une des femmes qui personnifient le mieux la joie et la frivolité, le luxe et la volupté de la fin du dix-huitième siècle, dans le décor sinistre et répugnant d'une prison, à nous faire voir cette amie de roi--du roi qui fut le Bien-Aimé--rudoyée par des valets de bourreau, mais M. Henri Lavedan, dans cette pièce, qui précède Servir au Théâtre Sarah-Bernhardt, que dirige actuellement M. Lucien Guitry, ne s'est pas arrêté à cet effet purement extérieur et, pour ainsi dire, de premier plan; il est allé beaucoup plus loin, beaucoup plus haut et il s'est plu à nous montrer, à extérioriser de la façon la plus ingénieusement dramatique le contraste de l'âme et de la chair, le conflit de l'esprit et de la matière.
Un prêtre, déguisé en délégué du Comité de Salut public, vient, en effet, voir la courtisane incarcérée; il lui offre de la faire évader de sa geôle, c'est-à-dire de la sauver de l'échafaud; mais il dispose d'un moyen de secours qui ne peut servir qu'une fois et pour une seule personne.--Qu'on sauve donc la reine! s'écrie spontanément la du Barry. Mais la reine refuse la liberté sans ses enfants. La du Barry n'acceptera pourtant pas de bénéficier seule d'une si insigne faveur et elle se condamne à rester sous les verrous; elle recevra du moins l'absolution que lui offre le prêtre; pour la recueillir elle s'agenouille et, tandis que, de l'autre côté de la porte, à travers la grille du judas, quelques sans-culottes, rouges voyous, l'injurient, sans d'ailleurs se douter, heureusement, de l'acte qu'elle accomplit, tandis qu'ils la criblent de sarcasmes, elle se confesse.
Mais, à mesure que s'écoule l'heure qui eût pu favoriser sa fuite, que s'abat, sur la prisonnière, plus irrémédiablement, l'ombre du couperet, elle s'effraie, elle s'épouvante; elle ressent, d'avance, toutes les angoisses de l'exécution prochaine, toutes les affres de la mort; sa volonté reste ferme et volontaire, mais sa chair accoutumée aux caresses, aux adorations, tremble et se hérisse; elle hurle, elle se tord... C'est la trouvaille d'un grand écrivain dramatique. On a applaudi longuement et chaleureusement cet acte émotionnant et ses deux remarquables interprètes, Mme Jane Hading et M. André Calmettes.
LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
Un livre posthume
C'est avec une mélancolique piété qu'on lira le volume édité d'hier (Dernières Pensées, Flammarion), où se trouvent recueillis des articles, des conférences, comme les derniers actes de cette royauté intellectuelle qu'exerçait Henri Poincaré. L'allocution finale, intitulée «Pour l'union morale», il l'avait prononcée trois semaines avant sa mort.
Ce volume, d'ailleurs, paru sous la même couverture qu'avaient illustrée la Science et l'Hypothèse, la Valeur de la science, contient surtout des aperçus de détails, quelques discussions de théories récentes en physique, mais, au point de vue général et quant à la philosophie, Poincaré s'y montre rigoureusement fidèle à la doctrine qui, depuis une dizaine d'années, avait fait de lui l'un des initiateurs de ce temps.