Le Champion de l'air, qui vole au Châtelet, est une pièce amusante. L'aviation n'y tient pas la première place, mais elle fournit le prétexte d'une intrigue fertile en péripéties décoratives. Il s'agit d'essayer un nouvel appareil stabilisateur; sa vertu ne sera prouvée que par un capotage d'aéroplane... qu'il empêchera de se produire. Mais qui courra le risque de l'expérience? Un pauvre diable qui, préalablement, désire connaître un peu la vie. Nanti de la récompense promise, il veut voir du pays. Et ce sont des aventures qui commencent à Cadix, s'enchevêtrent aux Indes, au cours de vingt tableaux luxueux, et s'achèvent magnifiquement par la descente triomphale de l'aéroplane victorieux. Le texte de M. Émile Codey est vivant; la jolie musique qui l'accompagne est de M. Marins Baggers.

HOMMAGE A CHARLES TELLIER

Un hommage tardif et relativement modeste, mais qu'envierait plus d'un inventeur méconnu, vient d'être rendu à l'ingénieur français Charles Tellier, le véritable promoteur de l'industrie frigorifique.

M. Charles Tellier.

C'est en 1876 que Tellier démontra, pour la première fois, la possibilité de transporter au loin des denrées alimentaires frigorifiées; il avait employé toutes ses ressources pour aménager un navire, le Frigorifique, qui, parti de Rouen, rapporta de Buenos Ayres une cargaison de viande. Les résultats de ce premier voyage furent très satisfaisants, mais l'opinion publique les accueillit avec une curiosité un peu dédaigneuse; les Français ne paraissaient pas mûrs pour consommer des produits ainsi conservés, et Tellier dut renoncer à exploiter son procédé.

Aujourd'hui l'industrie mondiale du froid artificiel représente un mouvement d'affaires de plusieurs milliards par an, et Charles Tellier, né à Amiens en 1828, par conséquent âgé de quatre-vingt-cinq ans, vit modestement, sans fortune.

Sur l'initiative de quelques savants et industriels, le gouvernement a décerné récemment à ce précurseur méconnu la croix de la Légion d'honneur. En même temps on ouvrait une souscription internationale pour lui assurer un peu d'aisance.

Un banquet réunissait ces jours derniers tous ceux qui avaient coopéré à cet acte de justice. Le menu était exclusivement composé de produits frigorifiés apportés de pays lointains: saumon de l'Alaska, omelette aux oeufs de Chine, gelinottes de Sibérie, etc.

Après avoir épinglé la croix sur la poitrine de Tellier, M. d'Arsonval, membre de l'Institut, lui annonçait que la souscription, à laquelle ont contribué largement l'Argentine et l'Uruguay, avait produit 80.000 francs.