Toujours des mutineries de soldats qui, lassés d'attendre leur solde, tirent des coups de fusil sur leurs officiers, pillent et incendient des magasins, des banques, des monts-de-piété, désertent et vont terroriser les populations des campagnes et des villages, en attendant le chambardement des grandes villes.

Ce sont là les premiers bienfaits du modernisme.

Le modernisme est la grande préoccupation de la nouvelle équipe gouvernementale et de ses partisans: les cantonniers continuent à arroser les rues principales à l'aide d'une cuillère en rotin tressé dont ils se servent pour lancer autour d'eux, à la volée, l'eau d'un grand baquet qu'ils vont remplir à la fontaine prochaine pour recommencer plus loin. Ce procédé doit dater de Kang Chi, mais aujourd'hui l'arroseur pékinois est orné d'un canotier de paille du dernier modèle, ainsi que son camarade le gardien de la paix. Le facteur a aussi son petit canotier et, en plus, un uniforme en toile bleue avec une large bordure blanche et des lettres brodées sur sa poitrine; il fait sa distribution à bicyclette.

Dans le civil, les citoyens conscients qui n'ont pas complètement adopté le costume européen, pour des raisons financières, sans doute, se contentent d'afficher leurs convictions républicaines par le moyen de chapeaux ou de casquettes de toutes formes et de toutes provenances, le reste du costume, sauf quelquefois la chaussure, restant purement chinois.

Que les parents soient ou non modernistes,

... leurs petits sont mignons,

Beaux, bien faits et jolis sur tous leurs compagnons.

Chinois attendant que son
serin veuille bien chanter.

Ils ont des mines éveillées et enjouées. Ceux qui gambadent par les rues sont, en cette saison, très sommairement habillés; quelques-uns, même, vont tout nus. Ils sont, en général, bien râblés et volontiers bedonnants. Les tout petits ont, quelquefois, des coiffures à mourir de rire: ce sont des mèches de cheveux tressés, ficelés avec des rubans de toutes couleurs, formant plusieurs pointes dirigées en l'air, en avant, en arrière ou sur les côtés; autour de la base de chacune de ces mèches le crâne est soigneusement rasé et l'on obtient ainsi autant de petits paratonnerres destinés à chasser les mauvais esprits en cas de maladies. Leur nombre, leur emplacement et leur direction sont, après mille cérémonies, choisis et précisés par le sorcier du quartier dont les ordonnances et prescriptions sont religieusement observées.