La résidence du propriétaire impérial dans le domaine de
Cadinen.
--Phot. W. Zehr, comm. par L. Wende.

LES PROGRÈS DE L'ARMÉE TURQUE A TCHATALDJA

Un lourd silence, à peine rompu par quelques dépêches officielles, pèse sur les opérations des armées bulgares et turques, d'où sont écartés les correspondants de guerre. Notre envoyé spécial Georges Rémond a pu cependant se rendre sur le front, au camp de Tchataldja, que défendent toujours les principales forces ottomanes, en progrès de ce côté. Voici les impressions, consignées au jour le jour, qu'il en a rapportées sur l'état moral des officiers et de la troupe, et sur la situation militaire:

Quartier général de l'armée de l'Est à Hademkeui, 18 février 1913.

Jeudi 13 février--Je suis parti ce matin, à 3 h. 50, de la gare de Sirkedji pour Hademkeui, où se trouve le quartier général du commandant en chef Izzet pacha. Bulgares et Turcs, d'accord sur ce point, ont refusé aux correspondants étrangers la permission d'assister à cette deuxième partie de la guerre. Mais, le colonel Djemal bey, gouverneur de Constantinople, a bien voulu demander au généralissime qu'une exception fût faite pour l'envoyé de L'Illustration; Enver bey lui-même a parlé en ma faveur, et j'ai été définitivement admis à suivre les opérations de l'armée de l'Est.

Un officier, le capitaine Alid bey, est chargé de me conduire à Hademkeui. Il s'acquitte de cette mission avec la courtoisie que je n'ai jamais cessé de rencontrer ici.

On a ajouté au long train de marchandises un wagon de voyageurs où nous prenons place, en compagnie de quelques officiers. Le temps, très beau depuis quelques jours, a soudain changé; des rafales de pluie et de neige battent aux vitres, et nous arrivons à Hademkeui au jour--un jour si gris, si sombre, qu'il se distingue à peine de la nuit--et par la tempête.

Le généralissime habite dans un train spécial qui stationne devant la gare. Le capitaine Rechid bey, fils du maréchal Fuad, m'offre asile dans son compartiment. Je l'ai connu à Derna. Il a repris le poste d'officier d'ordonnance d'Izzet pacha qu'il occupait durant la campagne du Yémen. Une heure après, il me présente à lui: c'est une superbe figure de soldat, mâle, puissante, à l'expression ouverte, aux yeux clairs qui ne cachent rien; le corps est comme un bloc, mais sans rien d'alourdi ou de lassé; tout l'ensemble respire la force, la confiance en soi, une surabondante vitalité.

... L'armée turque a profité du beau temps des jours précédents pour occuper les positions abandonnées par les Bulgares. Ses avant-gardes avaient atteint hier, du nord au sud de la presqu'île, Ormanli, Safas, Kalfakeui, Akalan, Indzegiz, Kadikeui. Elles auraient devant elles seulement une division bulgare gardant le contact et couvrant la retraite du reste de l'armée.