La foule hurlait toujours. Les députés du peuple, Mintô, furent portés en triomphe. Les autres, houspillés, injuriés et même maltraités. Les ministres, qu'on attendait pour leur faire subir un sort analogue, n'osèrent pas affronter la colère du peuple. Ils s'évadèrent par des portes dérobées.

Ainsi, la lutte est ouverte, beaucoup plus tôt qu'on ne l'aurait pensé, sur les cendres encore chaudes de l'empereur Meiji, entre les derniers représentants de l'oligarchie militaire et féodale des clans et les couches nouvelles démocratiques. L'empereur, c'est entendu, demeure au-dessus de ces batailles; mais, comme je le disais ici même, dans le numéro du 15 août: «Pour le peuple moderne, il est un peu moins dieu que l'ancien!» La séance du 5 février a encore ôté une pierre de son piédestal; l'hypocrisie traditionnelle tombe peu à peu, sous la poussée de nos idées et de nos institutions. Et cela, c'est une révolution.
J.-C. Balet.

A la suite de ces événements, le cabinet Katsura dut remettre sa démission à l'empereur, qui chargea l'amiral Yamamoto de constituer un nouveau ministère. L'amiral Yamamoto, qui a pris le pouvoir en ces heures difficiles, est né en 1852. Il a pris part «la guerre de la Restauration du cédé des Impériaux, fut l'un des premiers gradués de l'école navale et compléta son éducation maritime en faisant le tour du monde sur un navire allemand. Il était contre-amiral en 1901, amiral en 1906, ministre de la Marine en 1906. Pour réaliser une majorité viable, il a dû constituer un cabinet de coalition avec des personnalités du parti conservateur et des personnalités du parti démocrate.

Les manifestants devant l'entrée du palais du Parlement japonais.

COUTUMES D'AUTREFOIS DANS LE JAPON D'AUJOURD'HUI.
--La Danse des Poupées de paille.
Photographie Fuki Sakamoto.

Tandis que le Japon, conquis aux usages politiques d'Occident, s'essaye à des émeutes et renverse, sous la menace de la force, un gouvernement impopulaire, les coutumes d'autrefois, conservées par une immuable tradition, y fleurissent toujours, et leur permanence offre, avec les moeurs nouvelles, un sujet de savoureux contraste... C'est le vieux Japon, bizarre et précieux, et d'un charme si naïvement compliqué, qui survit en cette danse, dont notre photographie, prise à Yamada, évoque la grâce étrange. Jadis, elle avait lieu à minuit: sur ce point seul, l'usage ancien s'est modifié, et elle développe maintenant en plein jour ses lentes évolutions. Mais des lanternes de papier, portées au bout de perches, rappellent ingénument que c'étaient, à l'origine, des ébats nocturnes. Pour ce divertissement, les danseurs ont revêtu un singulier costume, qui les rend semblables à des poupées de paille: une gerbe, dont les brins pressés recouvrent leur visage, comme s'ils avaient longue barbe et longs cheveux, leur sert de chapeau, et leur robe est faite du chaume des toits rustiques. Rangés en cercle, ils happent, sans hâte sur de petits tambours suspendus à leur cou, accompagnant de leurs battements de douces chansons. Et, dans ce décor d'opéra-comique, ils composent un irréel ballet de figurines animées, aux gestes saccades d'automates.

EN CONVOI.--M. Gustave Bimler et ses boeufs porteurs.