S. A. R. le Diadoque a pris le commandement de l'armée. Le général Sapoundsakis est resté sous ses ordres comme commandant de l'aile droite (6e et 8e divisions). Le prince a adopté en partie les plans du général, mais y a apporté des modifications dont l'exécution demandera un certain temps.

Voici deux jours que la neige tombe. Quelles souffrances endurent ces malheureux soldats! Les convois n'arrivent plus régulièrement, sans que ce soit la faute de personne. Les animaux meurent par dizaines. Les chemins, ou ce qu'on appelle ainsi, sont encombrés de cadavres de mulets. Des bataillons entiers restent quarante-huit heures sans pain.
Jean Leune.

La nouvelle de la reddition de Janina a été connue jeudi à Paris par une dépêche officielle reçue à la légation hellénique. Ce télégramme précisait que, jeudi matin, à une heure, le commandant en chef des forces turques à Janina avait fait informer le prince héritier de son désir de se rendre. Deux heures après, trois parlementaires se présentaient au camp grec et confirmaient la capitulation.

L'AVIATION A LA GUERRE D'ORIENT
L'hydro-aéroplane du lieutenant grec Montoussis, tombé à la mer, après avoir volé sur Gallipoli, est remorqué vers Lemnos à 20 noeuds à l'heure.

Phot. S. Vlasto.

Le lieutenant aviateur Montoussis, de l'armée hellène, de qui nous avons signalé naguère les prouesses devant Janina, s'était rendu à la reprise des hostilités, à Lemnos, avec un hydroaéroplane français, afin d'apporter son concours aux troupes engagées à Gallipoli. Le 6 février dernier, convoyé par le contre-torpilleur Vélos qui, parti avant lui de Moudros, le port de l'île, devait l'attendre à la hauteur d'Imbros, pour l'assister en cas d'accident, le lieutenant Montoussis, qu'accompagnait, comme observateur, un de ses camarades, prenait son vol vers la terre. Le Vélos vit le biplan passer au-dessus de sa route et disparaître derrière la côte turque. Pendant quarante minutes angoissantes, il demeura invisible. Puis il reparut, au loin, et à une grande hauteur,--plus de 1.300 mètres, on devait le savoir plus tard. Il se dirigeait droit vers Imbros et Lemnos, mais soudain on le vit descendre en vol plané, puis se poser doucement sur la mer, à quelque vingt mètres du rivage d'Imbros. Un canot fut mis à la mer. Il ramena l'appareil jusqu'au Vélos qui le prit en remorque et l'entraîna, toujours flottant, jusqu'au port, à la vitesse de 20 noeuds. Alors, on apprit ce qui s'était passé: le tube qui porte l'essence du carburateur au mélangeur s'était rompu, par suite d'un défaut du métal, et le moteur s'était arrêté. Dix minutes plus tôt, le lieutenant Montoussis tombait sous le feu des batteries turques.

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

M. Louis Barthou, historien

Nous connaissions M. Louis Barthou orateur et ministre, homme politique et homme d'État. Nous connaissions M. Louis Barthou juriste et légiste, traitant avec sûreté de la «distinction des biens» et de la loi syndicale. Nous connaissions M. Louis Barthou bibliophile fervent, en quête des manuscrits précieux et des introuvables éditions. Nous connaissions M. Louis Barthou écrivain aimable, jouant d'une plume souple et fixant des mots, des évocations et des couleurs sur un carnet de voyage. Mais nous ne connaissions pas encore M. Louis Barthou historien et M. Louis Barthou historien valait d'être connu.

On a, vous le savez, formidablement écrit sur Mirabeau. Le gigantesque orateur de la Constituante a été le sujet d'une bibliographie immense. Pamphlets, correspondances, mémoires, monographies par centaines, études d'ensemble et anecdotes, toute la grande et toute la petite histoire. Et voici qu'un autre livre (1) s'attaque de nouveau au personnage, et que l'auteur de ce livre est le ministre de la Justice et le garde des Sceaux du gouvernement actuel.