Routes.

Chemin de fer projeté par la Roumanie
si elle obtient Silistrie.

Les Bulgares répondent: «Si les Roumains ont à se plaindre de n'avoir pas été bien traités par les Russes en 1877, qu'ils s'en prennent à ceux-ci et non à nous qui n'y pouvons rien. D'ailleurs la Dobroudja n'a pas été une mauvaise acquisition, à telle enseigne qu'ils ne l'échangeraient certes pas aujourd'hui pour la Bessarabie, si on le leur offrait; ils ont plutôt gagné au change. Au contraire, les Bulgares ont perdu de ce fait une province, où ils se trouvaient en majorité. Ce sont donc eux qui ont subi le plus grave préjudice. Cependant nous ne songeons pas à revendiquer ce territoire d'abord par respect pour la décision du tsar libérateur, ensuite parce que nous reconnaissons qu'elle est indispensable à nos voisins. Nous rejetons l'accusation d'irrédentisme qu'on porte contre nous; jamais le gouvernement ni l'opinion n'ont encouragé aucune campagne de ce genre et on ne peut nous rendre responsables des paroles en l'air de quelques chauvins isolés. Mais nous nous refusons à céder de nouvelles régions nous appartenant. Si la Roumanie voulait profiter du remaniement de la péninsule balkanique, il lui fallait prendre sa part des sacrifices que tous les autres peuples chrétiens se sont imposés. Pourtant, par esprit de conciliation, nous consentons à rectifier la frontière, mais en nous refusant à livrer Silistrie, ville purement bulgare et centre intellectuel que nous ne pouvons céder. Nous avons été particulièrement froissés de voir nos voisins attendre si longtemps pour formuler leurs revendications, en venant nous mettre le couteau sur la gorge au moment où nous nous trouvions engagés à fond contre les Turcs.»


Chemins de fer.
++++++ Frontière actuelle.
-.-.-.-. Rectification acceptée par la Bulgarie.
........ Rectification réclamée par la Roumanie.

Groupe des fonctionnaires de Silistrie. A cette dernière récrimination, les Roumains répliquent que, s'ils ne sent pas intervenus plus tôt, c'est parce que l'Europe avait d'abord annoncé qu'elle exigerait le maintien du statu quo dans la Péninsule. En ce cas, ils n'avaient rien à demander. Mais, du jour où l'Europe a modifié son point de vue et admis un remaniement de la carte balkanique, la Roumanie avait le droit de se faire entendre et l'a fait, sans qu'on puisse lui reprocher de méditer un coup de Jarnac.

Telles sont, dans leur ensemble, les thèses des deux parties. En ce qui concerne la ville de Silistrie, la discussion s'appuie sur un ensemble de considérations, qui seront soumises aux délégués des puissances médiatrices et que nous avons entrepris d'examiner sur l'emplacement même du litige.

LES DROITS HISTORIQUES ET L'ARGUMENT DES NATIONALITÉS

UNE MANIFESTATION A SILISTRIE.
--Un jeune étudiant harangue la foule réunie pour célébrer l'anniversaire
de la libération de la Bulgarie du joug ottoman.