«Marie-Madeleine» de Maeterlinck à Nice.--Les miraculés insultent Marie-Madeleine convertie et qui refuse de sauver Jésus par un nouveau péché.

UNE NOUVELLE OEUVRE DE MAETERLINCK

Mardi soir, au théâtre du Casino municipal de Nice, a été représenté pour la première fois dans le texte original français Marie-Madeleine, le nouveau drame de Maurice Maeterlinck. Notre collaborateur Gérard Harry, l'ami et biographe du célèbre dramaturge et poète, qui assistait à cette représentation, nous écrit:

Maeterlinck a vraiment renouvelé, par une trouvaille psychologique, l'aventure de la courtisane de Magdala, si souvent traitée en prose ou en vers, C'est, dans sa version, la belle pécheresse convertie qui tient entre les mains le sort de Jésus arrêté, bafoué, battu et prêt à marcher au suprême supplice. Mais elle ne peut le sauver qu'à la condition de retomber dans le péché abominable, en se livrant aux caresses du tribun militaire romain Lucius Verus, le geôlier du Nazaréen. Jésus lui-même voudrait-il échapper aux bourreaux, moyennant l'avilissement de l'exemplaire femme impure à laquelle sa grâce a rendu en quelque sorte la chasteté, la vertu d'une vierge? Non. Ce serait la ruine de l'idéal auquel il a voué sa vie. Périsse le corps du divin moraliste plutôt que sa pure morale!... Ainsi pense et en décide Marie-Madeleine, après un rude combat contre elle-même et malgré les outrages et les menaces dont l'accablent à la fois Lucius Verus, l'amant repoussé, et une foule de lépreux, bossus, aveugles, paralytiques, que le Nazaréen a guéris.

Ce magnifique drame, encadré de décors de M. Dethomas, est interprété avec une rare perfection d'allures et d'expression, notamment par Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck et M. Jacques Fenoux de la Comédie-Française.

Marie-Madeleine, acclamée à Nice. va parcourir l'Europe, comme spectacle inaugural du «théâtre Maeterlinck» que Mme Georgette Leblanc fonde pour la représentation itinérante de tout ce que l'auteur de Marie-Madeleine a écrit pour des publics épris de ce qu'on appelle souvent «art exceptionnel», parce que c'est du très grand art.
Gérard Harry.

POUR NOTRE ARTILLERIE

LE TRACTEUR AUTOMOBILE

C'est cette semaine que se terminait le concours de tracteurs automobiles à quatre roues motrices organisé du 6 au 20 mars par le ministère de la Guerre. Pour n'avoir pas fait beaucoup de bruit, ce concours n'en a pas moins donné, au point de vue militaire, des résultats fort intéressants Il s'agissait de choisir parmi les modèles existants un véhicule automobile capable de remorquer dans de mauvais chemins, et même à travers champs, une charge de 15 tonnes (un wagon et demi de marchandises). Le service de l'artillerie a, en effet, reconnu depuis longtemps la nécessité de suivre l'exemple de l'Autriche et de trouver le moyen d'installer rapidement sur le champ de bataille l'artillerie lourde, l'artillerie de gros calibre que les chevaux ne parviennent pas à amener en temps utile sur la ligne de feu. Les lourdes voitures qui constituent ces convois nécessitent en effet d'énormes attelages peu maniables, à peu près incapables de se déplacer à une allure autre que le pas; elles occupent des longueurs formidables et encombrent les routes d'une façon fâcheuse. Ajoutons que le développement des impedimenta de nos armées est devenu tel que la réquisition n'arrive plus que difficilement à fournir les chevaux nécessaires. C'est pour ces raisons que l'administration de la Guerre s'est trouvée forcée de recourir à la traction mécanique et qu'elle a constitué un concours de tracteurs.

Les conditions à remplir étaient malheureusement assez difficiles, et l'on se trouvait en outre forcé d'aboutir dans les deux ou trois premiers mois de l'année de façon à pouvoir inscrire au budget de 1913 les crédits nécessaires et à faire construire les voitures avant 1914.