Il est résulté de là que les constructeurs n'ont pas eu le temps de construire des voitures nouvelles et qu'ils ont dû amener au concours celles qu'ils possédaient déjà. Dans ces conditions, trois tracteurs seulement ont pu prendre part aux épreuves. Un seul d'entre eux au reste satisfaisait complètement aux exigences du programme; c'est le tracteur Chatillon-Panhard qui avait déjà participé antérieurement aux manoeuvres de l'Ouest ainsi qu'à de nombreux essais exécutés tant à Vincennes qu'à Satory.
Le concours actuel comprenait un certain nombre de parcours sur des routes plus ou moins accidentées, mais ne présentant pas de difficultés exceptionnelles; il comprenait aussi ce qu'on pouvait appeler une série d'exercices acrobatiques. C'est ainsi que le tracteur, constituant avec ses remorques un train de 22 tonnes, a remonté près de Neauphle-le-Château une rampe de 13 à 14% (l'équivalent de la rue Le Nôtre au Trocadéro) A Nogent-sur-Marne, le tracteur seul a gravi la rampe de 18% de la rue Bauyn-de-Péreuse. On a également réussi à lui faire passer un arbre de 40 centimètres de diamètre couché en travers de la route, etc., etc.
La photographie que nous reproduisons montre un train de voitures de 220 évoluant dans les terrains mouvants qui se trouvent au fond du terrain de manoeuvre de Vincennes La commission d'expérience a même été jusqu'à faire franchir au tracteur une mare d'un mètre de profondeur.
De pareilles exigences paraîtront peut-être excessives, car des efforts de ce genre ne seront pas habituellement demandés à notre nouveau matériel automobile, mais il était bon de savoir dès maintenant jusqu'où l'on pouvait aller de manière à établir définitivement le programme du futur concours de février 1914.
Tracteur automobile remorquant un train de voitures
d'artillerie de 22 tonnes au polygone de Vincennes.
On peut dire dès aujourd'hui que les résultats obtenus sont excellents et que le problème de l'artillerie lourde automobile est désormais résolu Une première solution est acquise et notre armée possédera prochainement un tracteur de 7 tonnes capable, grâce à ses larges roues, de circuler dans les plus mauvais chemins de terre, voire en plein champ, et de remplacer avantageusement les monstres de 10 ou 11 tonnes si dangereux pour la conservation des ponts et des routes de notre pays.
l'obusier léger
Le ministre de la Guerre vient de trancher une grave question qui préoccupait depuis longtemps l'artillerie et l'état-major de l'armée, la question de l'obusier léger de campagne.
On sait qu'en raison de la grande vitesse initiale de son projectile la trajectoire de notre canon de campagne de 75 est entièrement tendue. C'est là une qualité en terrain plat et découvert, car la zone dangereuse des balles lancées par le shrapnell, au moment où il éclate, est alors beaucoup plus considérable et le terrain se trouve beaucoup mieux battu. A ce point de vue, notre canon est sensiblement supérieur au canon allemand, mais il a, par contre, les défauts de ses qualités: quand on l'emploie en terrain très accidenté ou contre des couverts, des obstacles peu élevés suffisent à créer des zones de protection très étendues où l'adversaire peut se réfugier, se mettant ainsi complètement à l'abri des feux de l'artillerie.