M. Georges Clemenceau, qui s'est posé en adversaire irréductible de la réforme projetée dès qu'elle a été soumise au Sénat, répondit au président du Conseil, l'attaquant vivement et directement.
C'était maintenant l'heure du scrutin, et, conformément aux règlements, le président mit aux voix le premier contre-projet présenté, oeuvre de M. Maujan, dont l'article premier portait: Les membres de la Chambre des députés sont élus au scrutin de liste...
Mais, à cette phrase, M. Peytral voulait ajouter, par un amendement, ces mots: ... suivant la règle majoritaire, nul ne pouvant être élu s'il a moins de voix que ses concurrents.
C'est ce membre de phrase qui allait provoquer la chute du ministère.
Au premier examen, rien n'apparaît plus juste que la restriction posée par M. Peytral. Mais elle contient la négation même, l'antithèse du principe accepté par la Chambre: l'adopter, c'était précisément refuser formellement à une minorité, quelle que fût son importance, tout droit d'avoir un représentant, si son candidat le plus favorisé obtenait une seule voix de moins que le dernier candidat de la liste de la majorité. Et M. Aristide Briand, de quelques mots nets, soulignait cette conséquence:
«L'amendement de M. Peytral, qui semble s'imposer avec une apparence de logique, disait-il, est en réalité le rejet absolu de l'offre que je vous ai faite. Vous rendez impossible tout effort de conciliation.»
Vaine adjuration: par 161 voix contre 128 et 10 abstentions, sur 289 votants, l'amendement Peytral était voté.
Le gouvernement, battu, se retirait. Le soir même, M. Aristide Briand remettait au président de la République la démission du cabinet.
NOS ARMOIRIES DIPLOMATIQUES
Une réforme assez intéressante vient d'être réalisée au quai d'Orsay: il s'agit des écussons de nos postes diplomatiques.