LA LEÇON DE TANGO

«Tanguez-vous?» C'est la question qui s'est posée dans les bals, cet hiver, d'abord un feu timidement, avec un sourire qui excusait d'avance la réponse négative, puis d'un ton plus assuré et n'admettant pas de défaite, comme si l'on s'informait de la chose la plus naturelle du monde... Il a donc fallu apprendre le tango, et chacun s'est précipité avec entrain aux cours des professeurs à la mode, afin d'y recevoir les bons principes. Bien avisées, des maîtresses de maison ont organisé chez elles de petites réunions, où jeunes gens et jeunes filles s'initient aux secrets chorégraphiques qu'ils brûlent de connaître. Et ce sont, le soir, pour le cercle d'amis qui forment l'intimité de céans, de charmantes leçons, données par une dame experte en l'art d'enseigner les pas difficiles dont se compose la danse nouvelle, le «corte», le «paseo», la «média luna». Groupés autour d'elle, ses élèves l'écoutent, la suivent des yeux, tandis que d'autres, au son de l'infatigable piano, s'essaient à appliquer les règles qu'ils viennent d'apprendre... Le tango qui s'introduit ainsi dans les salons parisiens n'a rien du tango espagnol, dont le nom évoque les «ferias» désordonnées. Argentin d'origine, à peine modifié pour avoir traversé les mers, il se présente comme une marche à deux, aux mouvements lents et souples, très rythmés par la musique. Remplacera-t-il, dans la faveur mondaine, le double et le triple «boston», comme ceux-ci taraient emporté sur la valse? Pour le moment, il fait fureur, et on ne le trouve pas plus osé que ses devanciers. Mais où sont les danses d'antan?...

COMMENT LES GRECS ONT PRIS JANINA

Notre excellent correspondant M, Jean Leune qui, en compagnie de la courageuse Mme Jean Leune, a suivi avec tant de passion et de persévérance la campagne des Hellènes en Epire, vient d'avoir la joie la plus chère, sans doute, qu'il eût rêvée: après avoir assisté aux suprêmes assauts donnés à Janina, il a, des premiers, pénétré dans la ville reconquise; il y a été témoin de l'enthousiasme populaire; il a assisté tour à tour à l'entrée du Diadoque, au Te Deum d'actions de grâces et a, enfin, obtenu du duc de Sparte, aujourd'hui roi des Hellènes, une entrevue où le prince s'est montré particulièrement aimable. La vaillance de M. et de Mme Jean Leune, l'abnégation toute militaire, le courage qu'ils ont montrés depuis tant de semaines leur méritaient cette suprême récompense.

Voici les notes dans lesquelles M. Jean Leune nous narre les événements dont il fut témoin:

LES DERNIÈRES JOURNÉES DU DUEL

Losetzi, 5 mars.

Hier matin, à 6 heures 1/2, le canon a commencé de tirer comme il n'avait pas tiré depuis longtemps. Enfin, l'attaque était déclenchée.

Toute la journée, nous avons assisté, de Kotortsi, à un duel d'artillerie entre Canetta et Bizani, qui, inondé d'une pluie de fer, répondait faiblement.

Après une courte interruption, le soir, le feu recommençait à 9 heures 1/2. Toute la nuit nous l'avons entendu. Grosses pièces de siège et pièces de campagne tiraient avec rage. Les Turcs, toujours, répondaient à peine.