--Oh! dit-il, avec un bref rire, vous ne pouvez rien imaginer de plus confus. Dans cette seule ville, il y a une demi-douzaine d'écoles serbes, quatre ou cinq écoles bulgares, une couple d'écoles grecques et enfin une école valaque ou roumaine. Cependant, chacune de ces nationalités se prétend supérieure en nombre à toutes les autres réunies!

En dernier lieu, je résolus de me livrer à une petite enquête. Elle me démontra que, quoi que le lieutenant pût penser, les écoles d'Okrida étaient à ce moment ainsi réparties: huit bulgares, une grecque, une valaque et une serbe, celle-ci n'ayant d'ailleurs que trois élèves.

Il n'est pas douteux que l'excès de patriotisme stimule beaucoup l'imagination (1).

Note 1: Je viens d'être avisé que le comitadji Tchoulef est allé récemment passer deux jours à Sofia. Il y a appris à M. Stephanof, mon compagnon de voyage, que, le lendemain même de notre départ, son ami Manef avait été arrêté et emprisonné par les Serbes, en punition de ce qu'il nous avait donné l'hospitalité.

LE PAYS LE PLUS SAUVAGE DE L'EUROPE

Partout, dans le district d'Okrida, les Serbes sont encore en conflit avec les Albanais. Quelle que soit la nation qui doive, dans l'avenir, posséder ce pays, elle y courra le même risque.

Ces montagnards sauvages, amoureux fervents de la liberté, pour lesquels la vie d'un homme est moins sacrée que celle d'un chien, pour qui les idées de famille et de moralité sont si sacrées qu'on les a vus abattre d'un coup de fusil un étranger coupable d'avoir simplement regardé l'une de leurs femmes, qui sont aussi parfaitement hospitaliers que l'étaient les Israélites aux jours de l'Ancien Testament, mais qui n'éprouvent qu'un vague regret pour avoir tué un hôte sur la route après qu'il a quitté leur toit, ces hommes de clans, en perpétuelle discorde, risquent maintenant et risqueront longtemps d'être entraînés à une longue guérilla contre leurs envahisseurs.

Encore qu'ils cultivent volontiers un petit lopin de terre auprès de leurs cabanes, dans leurs aires montagneuses, ils sont avant tout un peuple pastoral, vivant tout le long de l'année dans les hauteurs, solitaires et moroses, avec leurs troupeaux de moutons ou de chèvres. Ils ne savent ni lire ni écrire. Ils ont peu d'histoire et aucune culture. L'origine de leur race est plus ou moins mystérieuse. Ils sont dans une aussi complète ignorance du monde extérieur que l'est une tribu de sauvages africains. Ils savent, en revanche, porter le fusil. Et maintenant, quand ils sortent de leurs inaccessibles retraites, c'est presque toujours avec l'intention de surprendre quelque petit détachement de soldats serbes qu'ils se sentent à même de fusiller dans quelque défilé, avant que les victimes ainsi guettées aient seulement le temps d'épauler leurs propres armes.

[(Agrandissement)]
L'Albanie centrale, que M. Paul Scott Mowrer a traversée
de Monastir à Durazzo, par Okrida et Elbassan.