Par précaution à l'avant, à l'arrière et aux nacelles, des cordes pendent, que les hommes attraperaient en cas de besoin.

Après que les officiers allemands eurent quitté leurs uniformes et se furent mis en civil, l'autorité militaire française prit possession du dirigeable. On installa un gendarme et des soldats dans chacune des nacelles, on dévissa les bougies d'allumage et on permit à l'équipage l'enlèvement d'un des deux moteurs arrière de l'aéronat, ce qui allégea le Zeppelin de 500 kilos environ: il en avait besoin. Ce travail accompli, ni les officiers, ni le pilote, ni les mécaniciens, ne furent autorisés à séjourner à bord. Par contre, les officiers français, quelques civils et ingénieurs furent admis dans la soirée et le lendemain matin à visiter dans tous ses détails le dernier construit des dirigeables allemands.

Le dirigeable allemand et l'aéroplane français: un biplan
militaire, arrivant à Lunéville, plane au-dessus du Zeppelin.

Ce Zeppelin, qui resta presque un jour sur la plaine de Lunéville, mesure 148 mètres de long; son diamètre au maître-couple est d'environ 14 mètres, son volume de 20.000 à 21.000 mètres cubes. Il est muni de trois moteurs semblables de 180 chevaux chacun, fabriqués par M. Maybach, l'ancien ingénieur de la maison Mercédès.

Un des moteurs se trouve dans la nacelle avant, celle du commandement. Ce moteur actionne deux hélices, à deux pales chacune, placées sous le dirigeable, une de chaque côté. A l'arrière, un ingénieux montage des deux moteurs, avec un quadruple embrayage, permet à volonté d'actionner les deux hélices de l'arrière--celles-ci à quatre pales--soit séparément, soit ensemble.

Quant à la vitesse du dirigeable, il est impossible de la préciser; nous aurons l'occasion d'en reparler tout à l'heure. Ce Zeppelin affecte la forme classique des aéronats rigides de ce modèle universellement connu. Les parties supérieures des deux nacelles, accessibles chacune par un vaste hublot coulissant, sont mises en communication par un couloir central en forme de V, qui court comme une quille au-dessous de la carène du vaisseau aérien.

L'ensemble métallique du dirigeable est constitué par une longue poutre rigide en métal spécial qui a nom «duraluminium». Le profil de l'avant et de l'arrière, en forme de pointe arrondie, est à peu près le même. Sur tout cet ensemble métallique, immense parallélipipède, est tendue une toile en contact direct avec l'air; c'est l'enveloppe protectrice, à l'intérieur de laquelle sont seize ballonnets indépendants en étoffe à ballon ordinaire, qui contiennent de l'hydrogène pur. Complètement gonflés, ils remplissent tout le corps du ballon, ne laissant libre théoriquement que le couloir-quille.

Dans ce couloir passent toutes les commandes métalliques du dirigeable pour les gouvernails de direction ou de stabilisation, ainsi que les commandes des waterballast, grands sacs à eau, constituant le lest et placés entre les ballonnets avec un orifice d'écoulement près de la quille de l'aéronat. De la nacelle du commandement, on peut actionner l'ouverture de tous les waterballast, et ainsi les vider à volonté.

L'intérieur du ballon est particulièrement curieux à visiter. On marche sur un plancher étroit et brillant en aluminium ondulé, tandis qu'autour et surtout au-dessus de soi, s'enchevêtrent ces minuscules mais si nombreuses poutres armées, toutes du même gabarit, à éléments interchangeables, qui constituent une des particularités de la construction du Zeppelin. Le métal employé est toujours le même «duraluminium».