C'est très soigné, parfaitement établi comme «fini de construction»; mais les ingénieurs français compétents prétendent qu'aucun calcul raisonné n'a présidé à l'établissement des résistances de cet ensemble.
Au centre du couloir se trouve la chambre du capitaine; on y remarque un altimètre enregistreur, un peu plus loin, des water-closets très modernes; une cabine noire, chambre à photographie avec tous ses accessoires pour développements et tirages rapides; enfin un autre local de 1 m. 75 sur deux environ, contenant l'installation de la télégraphie sans fil, dont l'antenne, suspendue au-dessous de cette chambre spéciale, est fixée au centre d'un énorme isolateur en verre blanc.
De Friedrichshafen à Metz, par Lunéville: itinéraire du
Zeppelin au-dessus du territoire français.
Aux parois ajourées du couloir sont accrochés en ordre parfait, cordages, pièces de rechange, pics, pioches, etc. Enfin, voisinant avec la nacelle avant, entre deux ballonnets, un puits métallique grillagé ovale monte vers le faîte du dirigeable pour déboucher sur sa partie supérieure où se trouve aménagée une petite plate-forme de 8 à 10 mètres carrés, portant un léger bastingage. Cette plate-forme, qui était nue, est destinée certainement à porter une ou deux mitrailleuses, tandis qu'on pourrait également en installer deux autres dans les nacelles.
L'agencement de détail est remarquablement étudié, il y a un luxe d'instruments enregistreurs, baromètres, thermomètres, tachymètres, etc., qui témoigne d'une mise au point très minutieuse.
C'est d'une très belle fabrication. On sent l'énorme et persistant effort, mais on ne peut croire à la grande solidité de l'engin. Nous avons pu, en effet, constater, à la suite de l'atterrissage de Lunéville, que les deux nacelles étaient endommagées, disloquées; les montants établis en tubes ovales étaient repliés sur eux-mêmes; tout l'arrière du ballon était déformé, particulièrement à l'endroit des ballonnets 4 et 5. A l'intérieur, on remarquait quelques-unes des minces poutrelles armées, tordues et déformées. Or, l'atterrissage effectué à Lunéville, s'il fut un peu brutal, est un de ceux que doit pouvoir supporter un aéronat surtout muni d'énormes amortisseurs pneumatiques de nacelles, comme ceux que possède le Zeppelin.
C'est pourquoi, en voyant le dirigeable en cet état, nous nous sommes demandé, si, précédemment à l'atterrissage de Lunéville, le Zeppelin n'aurait pas subi un choc, ce qui pourrait être dans le domaine des choses possibles; ou alors, faudrait-il attribuer cet état à une déformation soudaine en l'air d'une partie de cet ensemble rigide? Serait-ce alors l'explication de l'inclinaison inquiétante remarquée au-dessus du fort de Manonvillers? Suppositions, c'est entendu, mais bien plausibles. Car, si l'état lamentable du Zeppelin est dû seulement à l'atterrissage, c'est la preuve d'une fragilité inquiétante.
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Nous avons dit l'émotion causée à la population lunévilloise par l'arrivée du Zeppelin. Cette émotion se transforma en une sorte d'hostilité retenue à l'égard des aéronautes, et le service de surveillance fut deux fois utile autour du ballon, car les officiers profitèrent en même temps de cette protection.